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Tome I.
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LES DESSOUS DE l’hISTOIRE

Il est vray que le lendemain Elle envoya un nomme' Quillègre (1)à Davison pour luy de'fendre d’expe'dier ce mandement, soit queles remords de sa conscience luy suscitassent des frayeurs, sonsommeil e'tant ordinairement inquie'te' de songes horribles quie'toient les images de ses crimes, soit que ce fût une fourbe pourse donner la re'putation de cle'mente, en tuant avec tant detrahison. Le Secre'taire l’alla trouver sur-le-champ, et luy de'claraque le mandement e'toit déjà expe'dié et scelle', de quoy Elle fitcontenance de le blâmer, disant que l’on pouvoit, par le conseilde quelques hommes prudens, trouver d’autres expe'diens, vou-lant, comme il e'toit croyable, parler d’un empoisonnement.Ne'anmoins, Elle ne commanda nullement que l’exe'cution fûtmise en surse'ance, et comme Davison se pre'senta à Elle troisjours après, luy demandant si Sa Majesté' avoit changé d’avis,Elle dit que non et se fâcha contre Paulet, qui n’avoit pas vouluentreprendre assez hardiment le dernier des crimes, et dit qu’Elleen trouveroit d’autres qui le feroient pour l’amour d’Elle. Surquoy, l’autre luy ayant remontré qu’il falloit tenir bon, autrementqu’Elle ruineroit tout à fait des hommes de grand mérite avecleur postérité, Elle persista, et le même jour de l’exécution, Elleblâma le Secrétaire de ce qu’elle n’avoit pas été avancée, et sitôtque celuy-cy eut découvert l’affaire, les mauvais Conseillerspoursuivirent l’expédition avec des ardeurs incroyables, car ilsenvoyèrent Beal, capital ennemy des Catholiques, avec desexécuteurs de la haute justice, et des lettres adressées à certainsComtes, par lesquelles le pouvoir leur e'toit donné de procéderà ce massacre. Ceux-cy se transportèrent incontinent au châteaude Fotheringay, où la Reyne e'toit prisonnière, la firent lever dulit, où son indisposition la tenoit pour lors couchée, luy lurent lemandement, et l’avertirent qu’il falloit mourir le lendemain.

Elle reçut cette nouvelle sans changer de visage, disant :

« Qu’Elle ne pensoit pas que la Reyne, sa Sœur, en eût dû» venir jusque-là; mais que, puisque tel e'toit son bon plaisir, la» mort luy e'toit très-agréable, et qu’une âme ne se voit point» digne des joyes célestes e: éternelles, dont le corps ne pourrait» endurer un coup de bourreau. Au reste, qu’Elle appeloit le» Ciel et la terre à témoins de son innocence, et que l’unique» consolation qu’Elle avoit dans un spectacle si ignominieux e'toit

(i) Killegrevv (Henri), beau-frère de Çécil. (?)