PROCÈS ET MORT DE MARIE STUART
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» de mourir pour la Religion de ses Pères; qu’Elle prioit Dieu» d’augmenter sa constance à la mesure de ses peines, et d’agréer» la mort qu’Elle alloit souffrir pour l’expiation de ses pe'chez. »
Après qu’Elle eut dit ces paroles, Elle pria les Commissairesde luy permettre de confe'rer avec son confesseur, ce qui luy futrefuse' par une cruauté' barbare que l’on n’exerce pas envers lesplus sce'le'rats, et au lieu du Directeur de sa conscience, on luyenvoya deux grands he're'tiques, l’Évêque et le Doyen de Petrebourg,qu’Elle renvoya avec horreur, disant que Dieu seroit sa conso-lation.
Le comte de Kent, qui e'toit l’un de ses Commissaires des plusardens à la perse'cuter, luy dit là-dessus : « Votre vie sera la» mort, et votre mort sera la vie de notre Religion », luy dé-clarant assez la cause de cet attentat; ce qui fit qu’Elle renditgrâces à Dieu d’être juge'e par ses ennemis mêmes un instrumentcapable de re'tablir l’ancienne Religion dans l’Angleterre, et ence point Bille de'siroit que les Protestans eussent plustôt blâme'ses effets que ses desseins.
Comme les Comtes se retirèrent, Elle commença à re’glerl’ordre de son dernier jour, comme si Elle eût de'libe're' pour unpetit voyage, avec tant de de'votion, de prudence et de courage,qu’un Religieux, qui auroit me'dite' la mort l’espace de trenteans, n’y auroit pu apporter plus de résolution et de justesse. Etpremièrement, Elle commanda qu’on avançât son souper, pourpenser à ses affaires ; et soupant fort sobrement, selon sa coutume,Elle s’entretint de très-bons discours avec une merveilleuse tran-quillité d’esprit, et, entre autres paroles, se tournant vers Bnrgon,son médecin, Elle luy demanda s’il avoit bien remarqué combienest grande la force de la vérité, vu que son arrest portoit qu’Elleétoit condamnée pour avoir conjuré contre la Reyne Élizabeth,et néanmoins le comte de Kent luy avoit signifié qu’Elle mourroitpour l’appréhension qu’on avoit qu’Elle ne fît un jour mourirla fausse Religion, ce qui luy étoit plustôt une gloire qu’unsupplice.
Sur la fin du souper, Elle voulut boire à tous ses serviteursavec une gayeté grave et modeste, sur quoy ils se jettèrent tousà ses genoux pour luy faire raison, et mêlèrent leurs larmesavec le vin. C’étoit une chose pitoyable de voir un pareil spec-tacle. Autant que leurs sanglots donnèrent de liberté à leursparoles, ils luy demandèrent pardon s’ils ne luy avoient pas