112
LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
tement d’Angleterre, et le jour mesme commença une tragédieestrange, se pre'senta ung gentilhomme anglois, nomme' le sieurStaffort, frère de l’ambassadeur qui re'side en France auprès dela dicte Royne, qui s’adressa à Monsieur de Drapper (i), luydisant qu’il y avoit certain prisonnier dans Londres, seullementpour debtes, qui avoit de'sir de communicquer avec Monsieur deGhasteauneuf chose d’importance pour le service du Roy, et quitouche aussy la Royne d’Escosse, lequel advis mon dict seigneurne voullut me'priser; estimant qu’il n’y avoit aulcun mal cache',se re'solut d’envoyer le sieur Destrappes vers le dict prisonnier,en la compagnie du sieur de Staffort, pour entendre ce qu’ilavoit à dire. Le dict sieur Destrappes estant arrive' vers le dictprisonnier, il commença à dire qu’il de'tenoit à dire pour cent ousix-vingtz escus, et que s’il plaisoit à Monsieur de Chasteauneufles luy prester, il de'libe'roit la façon de faire ung service signale'à la Royne d’Escosse pour la re'solution qu’il avoit prinse detuer la Royne d’Angleterre. Le dict sieur Destrappes, ayant ouyces propos, s’estonna, et dict au dict prisonnier et au dict Staffort,qui l’avoit là accompagne', qu’il estoit ung très-mauvais homme,s’il estoit re'solu à ung sy malheureux acte, et qu’il s’asseuroitque mon dict sieur de Ghasteauneuf trouveroit très-mauvaisestoutes ces entreprinses èsquelles ilz le voulloient faire participeret mesler. Il le laissa sans luy tenir plus long propos, et estantretourné le dict Destrappes vers Monsieur de Chasteauneuf, illuy fit le discours qu’il avoit entendu du dict prisonnier, etMonsieur de Chasteauneuf dict à Staffort qu’il trouvoit infinimentestrange ceste façon de praticque, et qu’il congnoissoit bien quec’estoit ung artiffice, et qu’on luy avoit dressé ce piège pour lemettre en peyne, et luy demanda la cause pour laquelle il s’estoitadressé à luy pour une sy meschante et sy malheureuse occasion,luy remonstrant tout ce qui se pouvoit sur cela, et pria dès lorsle dict Staffort de sortir de sa maison et de ne plus y retourner,luy conseillant de s’absenter, et qu’il voyoit bien qu’il estoitperdu, s’en alla tout esbahy. Le lendemain, le dict Staffort allatrouver le dict sieur Destrappes, qui estoit prest pour s’en venir
(i) Ce nom a été évidemment défiguré par le copiste primitif de l’original ; plus loin, ilest écrit : Trappers, tandis que le prince Labanoff, dans son « Recueil des Lettres de MarieStuart », l’indique avec raison comme étant Destrappes, nom exact du secrétaire de M. deChâteauneuf.