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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
vous vous estes sy longtemps servye. Elle vous est comme unepierre que vous tenez en la main : sy vous la Iaschez une foiset jectez contre vostre ennemy, vous ne le pourrez plus menacer,ny frapper-, au contraire, elle est plustost en sa puissance pours’en ayder contre vous. Sy vous faictes mourir la Royne d’Es-cosse, comme aulcuns vous conseillent, sa mort armera vosennemiz de désespoir et d’un honneste pre'texte d’attemptercontre vous tout le pis qu’ilz pourront et les tiendra en vo-lonté' -, et la juste douleur des parens et amvs de la dicte Damefera que plusieurs trouveront juste toute telle vengeance qu’ilzpourront et vouldront faire de l’iniure que leur parente aurareçeue. Je diray doncques davantage que celluy qui poursuivrade faire la vengeance d’une iniure que l’on pre'tendra avoir este'faicte au ge'ne'ral de tous les Royaulmes, espérera d’avoirbeaucoup de Roys et de Princes favorables, et se pourra asseurerque peu luy seront contraires. Nous sçavons que ceulx qui ontjuré en leur cœur la ruyne de la Royne d’Escosse, voyant qu’ilzne peuvent soustenir, avecq aulcune raison apparente, qu’il soithonneste d’uzer de rigueur, recourent à subtilité et disent que,estant héritière et parente de Vostre Majesté, Elle ne vous peutestre que grandement suspecte. Je déteste, avecq Cicéron, l’op-pinion de ceulx qui ont voullu séparer l’utile d’avecq l’honneste.Plusieurs disent qu’il estoit utile à Régulus de ne retournerpoinct à Carthage, prévoyant assez les tourmens qu’on luy feraitsouffrir sytost qu’il y serait arrivé; mais il jugea qu’il ne luyestoit pas honneste de vivre, après qu’il avoit contrevenu à lafoy. Actius Verus (?), adverty de se garder d’aulcuns qu’on pré-tendoit luy debvoir succéder, s’en mocqua : « S’il estoit ordonné,» dict-il, qu’ilz seraient mes successeurs, je n’ay garde de les» tuer, car nul ne tua jamais son successeur ». AndronicusComenus, voullant faire tuer Isaacius Angélus (i), qu’on avoitpre'dict luy debvoir succéder, donna occasion au peuple des’esmouvoir, qui s’indigna de sa cruaulte' et le tua luy-mesme.Nous avons creu en France, après dix-neuf ans en ça, queVostre Majesté, très-sage et très-prudente, qui juge mieulx l’in-térieur de ses affaires que nul aultre, tenoit, par ung conseilfondamental, qu’il n’y avoit rien qui serait plus convenable pourempescher beaucoup de mauvaises manœuvres qui se pourraientsusciter contre vostre service, que l’obiect du droit que la Royned’Escosse pourrait, le cas advenant, prétendre à vostre suc-