LES DERNIERS PROPOS
TENUS PAR LA DICTE DAME ROYNE D’ESCOSSE, DEPUIS QU’ELLE FUTADMINISTRÉE A LA MORT JUSQU’A L’HEURE D’iCELLE.
E lundy, quinziesme (i) jour de febvrier mdlxxxvii, MilortBeale, l’ung des seigneurs qui sont près de la Royned’Angleterre, fut envoyé par Elle à Fotheringay, où laRoyne d’Escosse estoit prisonnière, avecq charge et commissionde la Royne d’Angleterre de faire procedder diligemment à l’en-tière exécution de la sentence donnée et prononcée à la dicteRoyne d’Escosse, et fut commandé au comte de Shrewsbury dese trouver présent à ceste exécution, et aussy quelques aultressieurs des plus voisins et proches du dict chasteau de Fothe-ringay, lequel sieur Beale, à son arrivée, voullut visiter le dictjour la dicte Dame Royne, comme il fit sur les huict ou neufheures du soir, se présenta à la porte de sa chambre, qui futsoudainement ouverte par une des filles de chambre, à laquelleil demanda sy la dicte Dame estoit preste de se coucher. Elleluv respondit qu’Elle s’y estoit apprestée, et avoit là laissé sonmanteau. Elle rentre incontinent dans la chambre de la dicteDame, et luy dict que le dict sieur Beale estoit là entré dans sonantichambre et désiroit de luy parler. La dicte Dame demandason manteau, qu’Elle avoit laissé, et fit ouvrir la porte de sachambre où il entra, et l’ayant saluée luy dict : « Madame, j’eusse» bien désiré qu’aultre que moy vous eust annoncé une sy» mauvaise nouvelle que celle que j’ay maintenant à vous dire» de la part de la Royne d’Angleterre; mais luy estant serviteur» tidel comme je suis, je n’ay peu moings faire que d’obéir au» commandement qu’Elle m’a faict : c’est, Madame, de vous
(i) Il y a là, de la part du copiste auquel on doit ce manuscrit, une erreur manifeste dedate. Au lieu de : le quinziesme, on doit lire : le dix-septiesme jour de febvrier, veille duJ 8 février (nouveau style) ou 8 février (ancien style), jour réel de la mort de MarieStuart.