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Tome I.
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T.ES DESSOUS DE L’HISTOIRE

» admonester, comme je faicts, de vous disposer et tenir preste» demain, à dix heures du matin, pour souffrir l’exécution de» sentence de mort qui vous a este' prononce'e depuis peu de» jours en çà ».

La dicte Dame luy respond avecq une bien grande asseurance,et sans s’effrayer aulcunement, disant : « Je loue et remercie» mon Dieu de ce qu’il luy plaist mettre fin à tant de misères et» callamitez que l’on m’a contraincte supporter dix-neuf ans et» jusques à pre'sent que j’ay este' destenue prisonnière, et sy ma)» traicte'e par la volonté de la Royne d’Angleterre, ma sœur, et» sans l’avoir ofîencée, comme Dieu m’en est principal tesmoing» que je m’en vais rendre mon esprit en ses mains, innocente et» le cœur clair, avecq la conscience nette devant Sa Majesté» divine des crimes dont Elle ma faict accuser, et porteray ce» jourd’huy ceste mienne innocence hardiment devant sa face,» comme celluy qui est le seul juge de nos actions passées; et.» puisqu’il me convient mourir d’une mort sy viollente, advance'e» par ung sy injuste et inicque jugement des hommes (auxquels» je ne suis et ne puis estre aulcunement justiciable), je m’y» exposeray néantmoings et m’y pre'senteray, qui me sera plus» agréable que de vivre davantage en la mesme callamité et au» martire auquel on m’a faict trop longtemps languir, n’ayant» pas moings espéré du mauvais naturel de la Royne que ce j’en» voys devant mes yeux, attendant l’entier assouvissement de sa» haine mortelle et contentement de sa cruaulté envers moy,» et pour complaire à ses conseillers et aultres, mes anciens» ennemiz, dont Elle s’est voullu servir pour l’advancement de» ma ruyne et de ma mort, que je m’en vais patiemment endurer,» pour estre dellivrée de leurs continuelles poursuites, pour» régner perpétuellement, s’il plaist à Dieu, en ung plus heureux» séjour que celluy que j’ay faict la meilleure partye de mon» âge près d’une sy dure et cruelle parente. Mais puisqu’Elle s’y» est ainsy résollue, et avecq tant de rigueur, la volonté de Dieu» soit faicte ! »

Ayant les damoiselles et aultres personnes qui se trouvoientprès la dicte Dame ouy et entendu ceste triste nouvelle, com-mencèrent à s’escrier et jecter larmes jusques à entrer presqueen désespoir, sans la doulce consollation que ceste pauvre Prin-cesse leur fit, les exortant sur tous les poincts de la patiencequi nous est représentée par la mort et passion de Nostre-Seigneur