Band 
Tome I.
Seite
137
JPEG-Download
 

LES DERNIERS PROPOS TENUS, ETC.

i3y

Jésus-Christ, sur lequel Elle prenoit et appuyoit le fondement deson salut, priant les dictes damoiselles de veiller et prier Dieucontinuellement avec Elle, comme elles firent jusqu’à l’heure dedeux heures après minuict, qu’Elle se voullut mettre sur sonlict, où Elle demoura seullement demye-heure; puis entra dansung cabinet qui luy servoit d’oratoire accoustumé à faire sesoraisons particullières, priant ce pendant tous ceulx qui estoientdans sa chambre de continuer en leurs prières durant qu’Elleferoit les siennes, comme Elle fit jusques au jour, qu’Elle sortitde ses dévotions, et dict à ses damoiselles ces mots : « Mes» bonnes amies, il me demoure ung infiny regret que je n’aye peu» recongnoistre par effect, comme j’en ay eu la volonté bonne,» les bons et fidelz services que chacune de vous m’avez faicts en» mes nécessitez. Je n’av plus qu’une chose à faire, c’est d’ad-» iouster une clause au testament que j’ay laissé et ordonné à» mon filz, le Roy d’Escosse, que de me faire cest office de vous» recongnoistre et faire à chacune de vous satisfaction et conten-» tement après ma mort, et luy en veulx escrire ce que j’ay» particullièrement à luy dire. » Elle rentre dans son cabinetpour rescrire, ayant la plume à la main deux heures durant, etcomme Elle estoit sur la fin de ses lettres, on vint heurter à laporte, qu’Elle voullut Elle-mesme ouvrir au sieur Beale, qui estoitlors accompagné du sieur Pawlet, qui estoit celluy qui avoit ladicte Dame en sa garde, qui la venoit prendre pour la conduireen lieu préparé pour son dernier jour. Leur fit prier de donnerencore demye-heure de relâche de temps, pour parachever quelquechose qu’Elle avoit commencé, ce qui luy fut octroyé, demeuranttousiours, les dicts sieurs Beale et Pawlet, dans l’antichambre.La dicte Dame sortit peu après de son cabinet où Elle avoit laisséce qu’Elle avoit escript, et dict à deux de ses damoiselles : « Je» vous prie, mes bonnes amies, ne m’abandonnez poinct et soyez» près de moy à l’heure de ma mort ». Sortant de sa chambre,trouva les dicts sieurs Beale et Pawlet devant Elle; Elle leurdict : « Si c’est maintenant l’heure que je doibz mourir, dictes-le _» moy, car je suis toute préparée, avec aultant de patience qu’il» plaira à Dieu m’en donner; mais cependant je vous prieray de» dire et rapporter à la Royne d’Angleterre, ma sœur, qu’Elle» et ceulx de son Conseil ont jecté sur moy le plus inicque et» injuste jugement qu’il en fut oncques donné en ce Royaulme» et en toute la chrestienté, faicr sans aulcune preuve asseurée,