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Tome I.
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LES DESSOUS DE LHISTOIRE

» forme, ny ordre de justice quelconque, et me tiens pour toute» certaine que les jugemens de Dieu la contraindront sy estroi-» tement et de sy près, que sa propre conscience l’accusera toute» sa vye, et Dieu après sa mort, de l’innocence sur laquelle je» luy veulx constamment rendre mon esprit en ses mains ».

Sur ce, pria qu’on luy laissast approcher ses damoiselles etson maistre d’hostel, qui la prindrent sous les bras, en descendantde la chambre dans une grande salle basse du dict chasteau deFotheringay, pleine de peuple, laquelle avoit este' apprestée ettendue de noir, pour voir ung sy piteux spectacle. Au milieud’iceulx il y avoit ung lieu hault, eslevé de cinq ou six marchesà monter, où Elle fut ayde'e par le dict maistre d’hostel et lesdictes damoiselles. Le peuple, qui estoit attentif à remarquer sesgestes et sa contenance, et à bien retenir toutes les parolles quiluy sortiroient de la bouche, jecta la veue sur ceste pauvre Prin-cesse, le visage de laquelle apparoissoit d’une sy grande beaultc',que chacun s’en esmerveilloit. Estant la dicte Dame à genoux,les mains joinctes et les yeux eslevez au ciel, parla en telleasseurance, qu’Elle sembloit n’estre poinct poulce'e à la mort,commença, sur le signal qui luy fut donne', à faire ceste oraison :

« Mon Dieu, mon père, mon cre'ateur, et son seul fxlz, Mon» Seigneur Je'sus-Christ et Re'dempteur, qui estes l’espérance de» tous les vivans et de tous ceulx qui meurent en vous, puisque» vous avez ordonné que mon âme soit séparée de ce corps» mortel-, je supplye très-humblement vostre bonté et clémence» de ne m’abandonner poinct en ceste extresmite', mais la voulloir» couvrir de vostre saincte grâce et miséricorde, me faisant pardon» des délits et faultes que j’ay commises contre vos sainctes» ordonnances et commandemens. Encore qu’il vous ayt pieu me» faire ceste grâce spéciale de me faire naistre Royne, sacrée et» oincte de vostre saincte Église, j’ay bien tousiours ne'antmoings» considéré et estimé, comme je faicts encore, que toutes ces» grandeurs ne me tiendront excusable de mes faultes envers» vous. Estimez de mesme condition que les aultres humains,» sincères à vos jugemens, plus certains que n’estoient pas ceulx» qui sont aulx cœurs et aulx pensées des hommes inconstans et» variables, lesquels sont bien souvent, et de leur propre mou-» vement, oubliez et desvoyez par l’exemple mesme du malheur,» que leur pure ambition et envye m’ont produit devant la» Royne d’Angleterre jusques à la mort sanglante qu’ilz avoient