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Tome I.
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I.F.S DESSOUS DF. I.’hISTOIRF

Se promenant depuis près des frontières de Normandie, ilpassa par la maison d’une Dame veufve, qui tenoit grand rang.Elle estoit très-belle et encore jeune, et parut sy aymable auxyeux de ce grand Roy, qu’il oublia facilement celle à laquelleil avoit fait tant de protestations contraires. Aussy ve'ritablementcelle-cy avoit des appas qui ne se trouvoient point chez la pre-mière. Toutes deux estoient de condition bien esgale, mais lamarquise de Guercheville (i) (c’est le nom de la dernière) avoitesté nourrie dans la plus belle Cour et la plus polie de ce temps,c’estoit celle du feu Roy Henry III, le prince du monde quisçavoit le mieux faire le Roy et régler les honneurs et toutes leschoses qui appartiennent à la Majesté.

Le nouveau conquérant, servant à toute heure de conquesteà l’Amour, se donna entièrement à la marquise de Guercheville,et oublia de telle sorte la comtesse de Guiche, qu’il ne luv estoitresté que la seule mémoire de son nom, et le marquis de Para-bère, qui avoit esté le confident de cette amour, ne put faireautre chose que de luy dire qu’au moins il luy devoit conserverde l’amitié, ce qu’il a fait toute sa vie. Mais sa nouvelle affectionle porta sy avant, qu’il parla de mariage à la marquise de Guer-cheville, voyant qu’elle ne vouloit point l’escouter autrement.Estant en cet estât, il fit plusieurs progrès sur ses ennemis, ettant de bons succez luy firent entreprendre le siège de la grandeville de Paris. Ce siège dura assez pour luy faire voir une jeuneet belle abbesse de Montmartre (2), qui estoit de la maison deClermont. Celle-cy luy fit oublier les deux premières, et il sedonna de telle sorte à cette nouvelle beauté, que n’ayant pasréussy à l’entreprise de Paris, il tira sa maistresse de Mont-martre, et l’ayant fait conduire à Senlis, ville de son obéissance,elle demeura maistresse de son cœur pour un peu de temps.Cependant, il pratiqua le mariage de la marquise de Guerche-ville avec un Seigneur qui avoit une grande charge à sa Cour,et il luy escrivit en faveur de ce nouvel amant, comme peuauparavant il avoit fait pour luy-mesme. Cette vertueuse Dame,qui l’avoit escouté sans rien hazarder qui luy pût estre honteux,accorda bientost ce mariage et demeura en fort bonne estime

(1) Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, femme en premières noces deHenri de Silly, et en deuxièmes de Charles du Plessis, seigneur de Liancourt.

(2) Soit de la maison de Clermont, soit Marie Beauvilliers.