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Tome I.
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LES DESSOUS DE L HISTOIRE

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froideur, luy voulut persuader que la crainte de leur père l’avoitfait retirer, et fit tout ce qu’elle put pour adoucir ce grand mes-contentement, ce qui luy fut aisé, ce Prince estant sy bien pris,que rien ne pouvoit rompre ses chaînes. Voilà comme ce périlleuxvoyage fut peu utile et mit en peine tout le monde, qui ne pouvoitsçavoir ce que le Roy estoit devenu.

A son retour, il rassura tous les esprits, et pour n’estre plusen cette peine, il pratiqua le père de sa maistresse, et sous ombrede s’en servir dans son Conseil, parce que ce vieillard avoit chargedans la province, il le fit venir à Mante. Là, il eût esté assezsatisfait, ayant moyen de voir sa maistresse tous les jours, sy lanécessité de ses affaires ne l’eût appelé ailleurs.

Cependant, je ne puis passer sous silence l’aventure qui arrivaau marquis de Humières (d’autres disent que ce fut au marquisd’Armentières (i), vicomte d’Ochy). C’est celuy qui, à l’àge devingt ans, avoit défendu la ville de Senlis pendant la rigueurd’un grand siège. Il s’y estoit jeté hazardeusement et y avoitsoustenu deux assauts contre l’opinion de tous ceux qui estoientdedans, et mesme du Gouverneur. Il ne voulut jamais capituler,et cette courageuse opiniastreté donna loisir aux serviteurs du Royde secourir cette place et d’y gaigner une mémorable bataille, quiavança bien les affaires de ce Prince, qui estoit encore au-delàde la rivière de Loire. La pluspart des chefs qui s’y trouvoientestoient proches parens de Humières, et ne le voulant paslaisser perdre, cela fit haster de le secourir.

Ce brave guerrier avoit, en ce jeune âge, rendu mille preuvesde sa valeur et n’avoit eu pensée jusques à cette heure que pourla gloire des armes. Mais comme il fut sorty de ce siège syavantageusement, qu’il entraisna mesme la pluspart des canonsde ses ennemis dans la ville et en encloüa le reste, il voulutensuite donner quelque chose à son plaisir. Estant en repos, ilvint à Mante, où il vit la belle dame de Simières (2), dont ildevint passionnément amoureux. Cette Dame, outre sa beauté,estoit sy agréable et avoit tant d’appas, qu’elle le mit en estâtde n’avoir des yeux, ny des pensées que pour elle. Cela duraquelque temps sans qu’on s’en apperçeut, et le mary de cetteDame fut le dernier à le connoistre, mais quand il l’eut des-

(1) Gilles de Conflans, marquis d’Armentières.

(2) Louise de l’Hôpital, dame de Simières.