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I.ES DESSOUS DE L’HISTOIRE
plus courageux des hommes l’aventure d’un des plus vaillans deson siècle.
Madame de Simières supporta cette mort impatiemment, maiscomme elle se prenoit aisément, elle se consola par quelquenouvelle amour.
Cependant, Mademoiselle d’Estrées continuoit dans sa passionpour le duc de Bellegarde, et ne laissoit pas d’escouter Monsieurde Longueville, de luy escrire et d’en recevoir des lettres. Il nevouloit pourtant pas hazarder les bonnes grâces du Roy pourconserver celles de sa maistresse, qui luy estoient assez faciles deregaigner. Voyant revenir ce Prince, il la pria de luy rendre seslettres, l’asseurant qu’il en feroit de mesme de son costé, en luyrendant celles qu’il avoit eues d’elle, et que pour cela il nelaisseroit pas de luy conserver sa passion. Il la sçeut sy biencajoller, qu’elle promit de les luy porter en certain lieu où ils sedévoient trouver avec tout ce qu’il avoit d’elle. Pistant arrivez, ilreçeut toutes ses lettres de la belle et fit semblant d’avoir oubliéla moitié de celles qu’elle luy avoit escrites, et mesme celles quiparloient le plus clairement de leur amour, sy bien qu’ils seséparèrent ainsy, luy très-satisfait, croyant qu’il conserveroit parcrainte quelque pouvoir sur elle, qui s’en alla mortellementoffensée de cette fourbe, laquelle cousta ensuite la vie à ce Prince,car elle ne cessa depuis ce temps-là de luy rendre tant de mauvaisoffices auprès du Roy, que ne pouvant supporter tous les dé-plaisirs qu’il en recevoit, il entra dans le party couvert qui se fitun peu après contre luy, ce qui fit croire qu’elle avoit trouvémoyen de s’en défaire par une mousquetade qu’il reçeut dans lateste à l’entrée de la ville de Dourlans. Ainsy finit le duc deLongueville, pour avoir voulu estre trop fin.
Cependant, l’amour du Roy croissant tous les jours, et leseigneur d’Estrées s’en trouvant importuné, il voulut sortir decette tirannie. Pour en trouver un plus raisonnable moyen, ilcreut qu’il falloit la marier. Il se présenta un gentilhomme dupays (le sieur d’Amerval, seigneur de Liancourt (i), près deNesle), propre à cette alliance. Il avoit du bien et estoit d’assezbonne condition. Pour sa personne et son esprit, ils estoientpresque aussy mal faits l’un que l’autre. Cette fille fit jurer auRoy que le jour de ses nopces il arriveroit et la mèneroit en un
(i) Seigneur d’Amerval et de Liancourt, près de Nesle.