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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
Bellegarde estoit allé là pour s’excuser d’avoir, comme l’ondisoit, trempé à la mort du duc de Guise (i), père de cettePrincesse. Sa mère l’en avoit creu coupable et avoit protesté des’en venger, et ce chevalier s’y estant trouvé pour s’en justifierà toutes les deux, la mère devint amoureuse de luy, et il devintamoureux de la fille, qui, de son coste', ne fut pas insensible. Ilstinrent ce feu assez secret, la Princesse pour n’en point donnerde soupçon à sa mère, ce chevalier pour ne point fascher MadameGabrielle, qu’il ne vouloit pas perdre, comme estant alors l’appuyde sa fortune. Tout ce qu’il put faire dans ce peu de temps, ce futd’employer ses amis, pour dire de sa part à cette Dame qu’ilestoit entièrement innocent de la mort du duc de Guise, et sajustification fut sy bien reçeüe, que la veufve respondit qu’ellen’en croyoit plus rien, et dit à sa fille qu’il ne l’en falloit plusaccuser et qu’elle ajoutoit foy à sa parole et aux sermens qu’ilavoit faits pour leur faire perdre cette opinion : voilà commel’amour est capable de justifier les plus grands crimes!
Mademoiselle de Guise fut fort aisée à persuader là-dessus,sentant bien que s’il estoit coupable d’avoir fait mal à son père,elle n’estoit pas assez libre pour le haÿr et qu’il estoit plus doux,pour cette fois, d’estre crédule.
Chacun se retira après que la trefve fut expirée, et Bellegarderemporta mille pensées, tantost plaisantes, tantost fascheuses. Ilne vouloit, ny ne pouvoit quitter Madame Gabrielle; sa nouvelleamour luy donnoit d’estranges inquiétudes, et il ne vouloit pas yrésister. Enfin, il se résolut d’aymer cette Princesse, de conserverGabrielle et de les servir toutes deux. Il commença de cette heureà chercher les moyens de plaire à la duchesse de Guise (2), quirecevoit sy bien ses messages et ses lettres, qu’en moins de rienil y eut beaucoup d’intelligence entre eux, et le jeune duc deGuise estant en ce temps-là sorty de la prison où il avoit estétoujours depuis la mort de son père, Bellegarde prit l’occasionde luy envoyer un trompette pour le visiter. Il avoit des lettrespour la duchesse de Guise qui furent très-bien reçeües, et il futassez adroit pour en donner une à la Princesse, sans estre veude personne. Elle ne luy put parler pour cette fois, mais elle luyfit signe que les lettres de ce chevalier ne luy estoient pas désa-
(1) Henri de Lorraine, duc de Guise, tué à Blois en 1588.
(2) Catherine de Clèves, duchesse de Guise.