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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS DF. HENRY QUATRIESME l’jb

gréables, ce dont Bellegarde fut extrêmement satisfait en l’ap-prenant. Cependant, la guerre continuoit, et la duchesse deGuise recherchant d’avoir un passeport pour aller à l’une deses maisons, le Roy le luy accorda aisément, et de passer mesmepar le lieu où il estoit avec toute sa Cour. Mademoiselle deGuise estoit très-aise de ce voyage, tant parce qu’elle espe'roitque Bellegarde auroit moyen de luy parler que pour voir sy sarivale estoit aussy belle qu’on le disoit. Il ne fut pas malaise' àBellegarde de persuader au Roy, très-courtois de son naturel,d’envoyer au-devant de ces Princesses, et luy-mesme, pour lerang qu’il tenoit à la Cour, en eut la commission. A leur arrive'e,la duchesse de Guise et sa fille reçeurent mille carresses du Rov,et la première ne se pouvoit lasser de lotier la beaute' de MadameGabrielle, qui trouva Mademoiselle de Guise trop aymable à songre', comme celle-cy fut aussy surprise de tant de beaute' qu’elletrouva en sa rivale; mais toutes deux, sans faire semblant dujugement qu’elles faisoient l’une de l’autre, demeurèrent danstoute la froideur que la civilité peut souffrir. Sitost que Made-moiselle de Guise l’eut veüe, elle se tourna vers Bellegarde etluy dit : Je la croyois plus belle; à quoy il ne respondit point, pourestre déjà trop près de cette Dame. Le Roy, qui se connoissoitfort bien aux passions, et qui sçavoit celle de la duchesse deGuise, ne douta point que ce chevalier ne l’amusât, afin d’avoirmoyen de voir sa fille, de laquelle il jugea qu’il estoit amoureux.

Cette opinion fit deux effets dans l’esprit du Roy : l’un d’as-soupir le soupçon qu’il avoit eu que Bellegarde estoit toujoursamoureux de sa-maistresse, et l’autre de luy faire perdre tout lereste du dessein qu’il avoit eu autrefois pour Mademoiselle deGuise.

Madame Gabrielle, qui estimoit plus l’aflèction de ce chevalierque tous ses intérests, prit garde de sy près à toutes les actionsde son amant, qu’elle comprit qu’il aymoit Mademoiselle deGuise et qu’il n’en estoit pas hay, ce dont elle eut un tel despitet une sy forte jalousie, qu’elle eut bien de la peine de la cacher.Cette jeune Princesse, qui estoit bien aise de luy donner martelen teste, et qui croyoit avoir beaucoup gaigné de rendre cettebelle jalouse, faisoit tout ce qu’elle pouvoit pour augmenter sonsoupçon, luy semblant que sy elle partoit de la Cour sans riengaigner sur le Roy, au moins elle triompheroit de la beauté desa maistresse.