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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
Le lendemain, la duchesse de Guise partit, ayant obtenuneutralité' du Roy pour la maison où elle alloit, à quoy Belle-garde avoit contribue' en tout ce qu’il avoit peu, estant fortenflamme' des attraits de Mademoiselle de Guise, et le Roy luyaccorda tout ce qu’il voulut pour luy faire abandonner sa mais-tresse, qui, outre'e de colère, ne voulut dire adieu, ny à la mère,ny à la fille, feignant de se trouver fort mal et ne se laissantvoir de tout le jour à personne.
Bellegarde et toute la Cour conduisirent ces Dames assez loin,et revenant le lendemain, Madame Gabrielle fit sy mauvaisemine à Bellegarde, que cela commença à l’inquie'ter estrangement,car, ne voyant plus la Princesse, l’objet présent le reprenoit, etil avoit sy peur de la perdre pour les intérests de sa fortune,qu’il maudissoit et son inconstance et son indiscrétion. Ce-pendant, la duchesse de Guise, qui ne pouvoit vivre sans estreaymée de ce chevalier, trouva moyen d’embarquer son fils àquelque traité avec le Roy, et pour l’acheminer elle envoya à la
Cour pour en donner avis au Roy. Ne désirant que de ramener
tous ses sujets à leur devoir, et particulièrement ce jeune Prince,l’un des premiers du party contraire et de qui il avoit fort bonneopinion, il despêcha aussitost Bellegarde vers elle, à quoyMadame Gabrielle s’opposa' tant qu’elle put, disant qu’il n’esloitpoint homme d’affaires et que peut-estre le duc de Guise nauroit pas sonentremise sy agréable que sa mère. Enfin, le duc de Nevers (1), lors lepremier dans les bonnes grâces du Roy, l’emporta sur elle pourfaire plaisir à Bellegarde, qu’il aymoit extrêmement, et fit mesmequ’il porta force bonnes espérances pour le duc de Guise. Cetraité pourtant ne se conclut pas sitost, et la grande ville de
Paris s’estant rendüe au Roy, cela affaiblissoit ses ennemis de
telle sorte, que l’amour que Bellegarde portoit à Mademoisellede Guise fut très-utile à son frère, qui n’eût jamais reçeu lesavantages qu’il trouva sans le soin du duc de Nevers, quifaisoit tout ce que ce chevalier désiroit, et avec tant de chaleur,que tout le monde s’estonna de ce qu’une affaire sy importantelut sitost et sv avantageusement accommodée. Voilà comme lesaffaires de la Cour se font souvent par les biais à quoy l’onpense le moins, et que peu de personnes les sçavent, quoyquebeaucoup en discourent!
(1) Charles de Gonzague de Clèves, duc de Nevers et de Mantoue,