HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIF.SME iJJ
Le duc de Guise reçeut du Roy, à son arrive'e, toute la bonnechère qu’il eût peu désirer, et un sy bon visage de Madame, sasœur, que dès ce jour elle l’embarqua à la servir.
En ce temps-là, le Roy estant allé assiéger une ville, quitenoit encore le party du duc de Mayenne, Madame Gabrielleaccoucha d’un fils, dont le Roy reçeut une telle joye, qu’il luylit à l’instant quitter son nom, luy bailla le tiltre de marquiseMonceaux de Beaufort, et commença non pas à l’aymer davan-tage, car son amour estoit sy extrême qu’il ne pouvoit recevoird’augmentation, mais à en faire beaucoup plus de cas et àl’honorer et la faire respecter davantage. Se voyant en cet estât,elle commença à chercher tous les moyens de se démarier et àprendre de plus hautes espérances, le conseil de sa tante deSourdis luy inspirant qu’elle pouvoit arriver à une plus hautefortune. Le vieil amoureux de cette tante, très-habile homme,fors en cela seul qu’il l’aymoit, luy donnoit des avis très-utilespour ce dessein, auquel elle commença à bon escient à travailler,pratiquant du support (sic), se faisant des amis, et establissantceux qui dépendoient d’elle.
La marquise de Beaufort, cy-devant Madame Gabrielle, avoitaussy gaigné des gens pour persuader à la Reyne de rompreleur mariage, qui ne leur pouvoit jamais apporter qu’une fortunemalheureuse et pleine de méfiances, mais pour l’heure elle neput rien obtenir sur son esprit. Cependant, Bellegarde s’estoitun peu remis avec elle, qui avoit une sy forte inclination àl’aymer, qu’elle l’aidoit fort à se tromper quand il la fîattoit, àquoy il apportoit plus d’industrie qu’auparavant, la voyant pluspuissante que jamais.
Madame (i) et le duc de Guise ne cachoient plus leur amour,et celui-cy commençoit à trouver mauvaises les visites trop ordi-naires de Bellegarde en son logis, sy bien que Mademoiselle deGuise, qui craignoit que son frère ne fît quelque rumeur, enavertit ce chevalier, qui, ayant bien pensé à la chose, consulta leduc de Nevers, qui luy promit de faire en sorte que l’on don-neroit le gouvernement de Provence au duc de Guise, pourveuque la marquise de Beaufort ne s’y opposât point. Bellegarde,estant asseuré qu’il feroit faire à son amie ce qu’il voudroit, pritson sujet sur l’amour que Madame portoit à ce Prince, qu’il
(i) Catherine de Bourbon, femme de Henri, prince de Lorraine, duc de Bar.
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