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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS HE HENRY QUATRIESME I JC)

croyant pas que l’on deut venir de sy bonne heure chez elle, ilcommanda à cet homme d’avoir l’œil sur eux, et luy, quicraignoit, comme bon serviteur, que son Maistre espousât cetteiemme, les espia de sy près, qu’il creut un soir avoir veu entrerBellegarde chez sa Dame. Il s’en alla aussitost donner avis auRoy, qui commanda au capitaine de ses gardes d’aller tüer cechevalier jusques dans la chambre de sa maistresse. Praslin (i),c'estoit le nom de ce capitaine, depuis mareschal de France, futtrès-surpris de ce commandement, aymant fort ces deux per-sonnes, et toutefois il fallut marcher. Il prit des archers enpassant dans la salle, et un détour sy long et accompagne' de tantde bruit, qu’il ne trouva personne quand il entra, que Madamede Beaufort seule, à qui il dit sa commission. Elle, voyant qu’ilne l’avoit pas voulu surprendre, luy promit de n’oublier jamaisce bon office, et aussy fit-elle depuis tout ce qu’elle put pour luv.

Mademoiselle de Guise, qui sçeut l’affaire, luy en sçeut aussysy bon gré, qu’elle luy aida bien à parvenir aux grandes dignitezqu’il eut après.

Madame de Beaufort se plaignit fort au Roy des ombrages qu’ilprenoit d’elle, et il fit semblant alors d’avoir tort et ne voulutpour cela estre mal avec elle, mais la lettre qu’il avoit veüe queBellegarde luy escrivoit, luy fut un peu reprochée. Elle jura nel’avoir point leüe et se justifia assez bien, tout luy estant facileavec le Roy, mais Bellegarde en fut sy mal, qu’il fallut qu’il s’enallât, avec défense de ne point revenir qu’il ne fût marié et qu’iln’amenât sa femme. Le duc de Nevers estoit mort, qui le main-tenoit, et Madame de Beaufort eût esté mal reçeüe à parlerpour luy, de façon que ce fut le plus court de partir et de fairece qui luy avoit esté commandé, bien que ce fût avec grandregret. Pendant son voyage, la femme du connestable de Mont-morency (2) arriva à la Cour. Ce vieux Seigneur s’estoit mariédepuis peu à cette belle Dame, qui attira, à son arrivée, les yeuxet les cœurs de tous les hommes, et l’envie et la haine de toutesles Dames. Mais son naturel hautain et le rang où elle se trouvoitluy ostoient tout soucy et luy faisoient mespriser toujours lahaine des Dames, et souvent l’amour des hommes.

Le Roy en fut un peu touché, et Dieu sçait sy Madame de

(1) Charles de Choiseul, marquis de Praslin, et depuis maréchal de France.

(2) Henri, duc de Montmorency.