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Beaufort le luy pardonna. Mais cela n’empescha pas qu’en toutesles occasions il ne te'moignât de l’amour à Madame la Connes-table, qui le souffrait plus pour faire despit à l’autre que pourle plaisir qu’elle y prenoit, estant non-seulement ayme'e, maisadore'e du mareschal de Biron (i), qui avoit acquis plus de répu-tation dans les armes que nul autre de son temps. Cette belleDame ne fit que se montrer au monde, car elle mourut incon-tinent d’une couche. Elle laissa un fils et une fille, le fils sy bienfait et la fille sy belle, que c’estoient deux miracles. J’en parleravdavantage ailleurs, voulant achever icy l’histoire de Madame deBeaufort, qui eut une fille durant que tout cela se passoit, etbientost après un fils, dont elle accoucha, après estre démariée.Cela luy haussa de telle sorte le courage, qu’elle commença àbon escient d’employer tous les moyens dont elle se put aviserpour parvenir au mariage du Roy, qui, plus amoureux quejamais, depuis la naissance de ce second fils, se résolut à cequ’elle désirait, et chassa Monsieur de Sancy ( 2 ), un des prin-cipaux de sôn Conseil, qui luy avoit donne' un avis contraire à cedessein. Il sçavoit qu’il aurait le consentement de la Reyne, safemme, quand il voudrait, et il ne restoit plus sinon que le Papevoulût la dissolution de ce mariage. Pour cet effet, il envoya àRome Sillery (3). C’estoit un des plus habiles hommes de sonConseil, qui ne de'siroit que luy complaire et obliger sa mais-tresse. Le Roy l’avoit faite duchesse quelque temps auparavant,et comme elle se vit en cette dignité et dans de sy hautes espé-rances, elle se rendit sy courtoise et sy officieuse, que ceux quine la vouloient pas ayrner ne la pouvoient haÿr; elle commandoità toute la Cour, mais avec grande douceur, et obligeoit le plusde personnes qu’elle pouvoit.
En ce temps-là elle devint grosse, et cela fit résoudre tout à faitle Roy à l’espouser. Elle vivoit avec tant de gravité et de retenue,qu’il sembloit qu’elle n’eût jamais eu autre compagnie que celledes Vestales, son habillement et ses actions ne représentantqu’une parfaite modestie, de façon que le Roy avoit regret d’enavoir jamais eu nul soupçon.
(1) Armand de Gontaut, maréchal de Biron, tué d’un coup de canon au siège d’Épernay,en 1S92.
(2) Nicolas du Harlay de Sancy, l’un des chefs du parti calviniste.
(3) Nicolas Brulart de Sillery', chancelier de France.