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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
une convulsion, dont elle revint à force de remèdes. Elle voulutescrire au Roy, mais une autre convulsion l’en empescha, etrecevant une lettre de Sa Majesté', comme elle fut revenue decette seconde convulsion, la voulant lire, il luy en reprit uneautre, qui, augmentant toujours, luy dura jusques à la mort.
Ce mal luy prit le mercredy au soir, elle accoucha le vendredypar la force des remèdes que l’on luy fit, et mourut le samedy,veille de Pasques, sans avoir eu aucune connoissance, au moinsà ce que l’on en put juger.
Le Roy, qui estoit dans l’une de ses maisons, fut aussitostaverty de son mal, et estimant que c’estoit un accident de sagrossesse, il ne se hasta point de partir; mais le troisièmecourrier, qui luy apprit que ce mal continuoit, le fît partir, etil vint jusques à six lieues de Paris, où il trouva tous lesSeigneurs de la Cour, qui luy firent connoistre, par la tristessequ’il remarqua sur leurs visages, que sa maistresse estoit morte.Il pleura fort et renvoya tout le monde, disant qu’il vouloit estrcseul. Il retint seulement celuy que j’ay dit qui s’estoit mariepour luy en donner envie, et le duc de Retz, qui estoit de très-bonne compagnie. Après luy avoir laisse' faire quelques plaintes,il luy dit, quasy en riant, qu’il estoit bien heureux, et que s’ilsongeoit un peu à ce qu’il alloit faire sans cette mort, il jugeroitque Dieu luy avoit fait une grande grâce. Après avoir un peuresve', il l’avoüa, et, levant les yeux au ciel, il rendit grâces àCeluy qui luy en avoit fait tant d’autres et se consola sy bienque, trois semaines après, il devint amoureux d’une fort bellefille et de bon lieu, Mademoiselle d’Entragues (i), qui fut depuisla marquise de Verneuil.
Celle-cy luy fit tout à fait oublier l’autre, bien qu’elle ne fûtpas sy belle, mais elle estoit plus jeune et beaucoup plus gave.Les Ministres de son Estât, voyant de quel malheur Dieu l’avoitde'livre', et connoissant l’esprit hardy de cette damoiselle, quin’avoit pas moins d’ambition que l’autre, l’embarquèrent le plusviste qu’ils purent à se marier, et celuy qui estoit aile' à Romepour faire agre'er le mariage de Madame de Beaufort en traitaun autre avec la Princesse de Florence (2). Le Pape donna toutle consentement ne'cessaire, et la Reyne Marguerite celuy qui
(1) Catherine-Henriette de Balzac d’Entragucs, plus tard marquise de Verneuil.
(2) Marie de Médicis.