HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIESME
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dépendoit d’elle, de façon que la chose fut conclue plustostmesrne que le Roy ne pensoit, et sans que la marquise deVerneuil en eût avis. Elle estoit grosse et alla faire ses couchesà une des maisons du Roy, qui l’y mena avec force belles espé-rances. Elle se blessa et accoucha d’un fils mort. Elle fut très-malade, mais estant assiste'e du Roy mesme et de tout ce quel’on put d’ailleurs, elle reprit sa santé'. Ce fut à cette heure-làqu’elle apprit l’accord du mariage de son amant, dont elle fittant de vacarme et gourmanda tant ce Roy amoureux, qu’il eutbien de la peine à la remettre en bonne humeur. Elle s’en prità Bellegarde, qui l’avoit voulu cajoller et qu’elle n’avoit guèrecscoute', sy bien qu’elle trouva moyen de faire que le prince deJoinville, depuis duc de Cheuvreuse, beau et de bonne grâce, etqui estoit amoureux d’elle, entreprît sur la vie de ce chevalierun soir que le Roy soupoit à la ville et qu’ils se rencontrèrentà la porte du logis où estoit Sa Majesté'. Bellegarde fut blesse’,mais ses gens, voyant cela, poursuivirent le prince de Joinvillede sy près, qu’ils l’auroient tüe' sans le secours de Rambouillet,jeune chevalier de bonne maison, qui fut tellement blessé danscette rencontre, que l’on croyoit qu’il en deut mourir. Le Royfut sy outré de colère de cette action, qu’il vouloit faire punir lePrince et ne vouloit en nulle façon du monde que l’on prît soinde Rambouillet, qui toutefois fut sy bien pansé qu’il en reschappa.
Depuis, la duchesse de Guise, mère du prince de Joinville, etMademoiselle de Guise, sa sœur, firent son accommodementavec le Roy, bien que toutes deux fussent fort faschées contrece Prince, n’estant pas croyable qu’il eût traité Bellegarde decette façon, seulement à cause de l’amour qu’il avoit pour laMarquise. Tout cela s’appaisa à la fin, et il fut question aprèsd’aller faire la guerre au Duc de Savoye. Ce Prince estoit venutrouver le Roy pour s’accommoder avec luy du marquisat deSaluces, qu’il avoit pris sur le feu Roy durant les grandesaffaires de ce Prince infortuné. Henry IV, son successeur, quiavoit presque recouvré tout son Royaume à coups d’espée, nepouvoit souffrir que ce voisin, petit Prince auprès de luy, eûtentrepris de garder sa proye; c’est pourquov il l’avoit faitsouvent avertir qu’il vouloit ravoir Saluces. Le Duc, croyantqu’il gaigneroit quelque chose en venant en personne, vinttrouver le Roy, qui le reçeut fort bien, mais sa principale espé-rance avoit esté en l’intelligence qu’il avoit eue avec la duchesse