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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
coup. Cette bonne intelligence dura tout l’hiver et une partie del’este', mais les gens de la Cour ne peuvent souffrir sy longtempsle calme, chacun croyant toujours profiter du changement et dutrouble. Le Roy avoit auparavant un peu regarde' une sœur dela duchesse de Beaufort, qui n’avoit pourtant d’autre beautéque la jeunesse et les cheveux. Celle-cy, nommée Madame deVillars (i), portoit une extrême envie à la marquise de Verneuil,qui luy avoit, à son opinion, osté la faveur du Roy. Elle serésolut de la ruyner, et comme elle estoit fort malicieuse, ellecommença à mettre en pratique tout ce qu’elle put pour parvenirà son dessein, et en parla à la Reyne, qui estoit lasse de voirvivre la Marquise aussy audacieusement auprès d’elle.
La Reyne fut bien aise d’entretenir Madame de Villars encette humeur. La femme de Conchini, qui n’estoit pas toujoursauprès de la Reyne, ne descouvroit rien de toute cette intrigue,et son mary ne se vouloit point mesler parmy tout cela, sccontentant de sa fortune présente.
J’ay dit ailleurs que le prince de Joinville estoit, il y avoitlongtemps, amoureux de la Marquise, et lors il le devint deMadame de Villars, qui le sçeut sy bien cajoller, qu’elle tira deluy des lettres que la Marquise luy avoit escrites, où elle semoquoit fort du Roy et de la Reyne, et traitoit fort favora-blement ce Prince. Quand Madame de Villars eut ces lettres ensa puissance, elle les montra à la Reyne, qui en fut sy aise,qu’elle ne le pouvoit dissimuler. Elle fit des présens à cetteDame et luy persuada de faire voir ces lettres au Roy. Au com-mencement elle n’y pouvoit consentir, voyant le grand crédit dela Marquise et craignant fort son esprit. Mais enfin les per-suasions de la Reyne l’y firent résoudre. Mademoiselle de Guise,qui avoit introduit Madame de Villars chez la Reyne, ne pouvoitdescouvrir au commencement, quoyqu’elle eût beaucoup d’esprit,d’ou venoit la bonne chère que la Reyne luy faisoit, elle quiestoit assez froide pour tout le monde : aussy se cachoit-on d’elle,parce que cela ruynoit fort son frère. Après que cette affaire euttraîné quelques jours, Madame de Villars trouvant le Roy àpropos, le supplia qu’elle pût luy parler en particulier. Il letrouva bon, et prenant sujet de luy parler d’affaires, elle le futtrouver dans une église, et entrant dans la chapelle où il estoit,
(i) Julictte-Hippolyte d’Estrées, sœur de la Belle Gabriellc.