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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIESME 1 89

le Roy lit sortir tout le monde. Là, elle luy monstra ce qu’iln’auroit pas voulu voir : c’estoient ces lettres qui luy témoi-gnoient 1’infidélité et le mespris de la Marquise. Madame deVillars luy dit ensuite que les obligations qu’elle avoit à sa bonté'et l’amour qu’elle avoit toujours eu pour sa personne n’avoientpu permettre qu’elle luy célàt plus longtemps l’outrage qu’onluy faisoit, à luy qui estoit le Maistre de tous, et le plus honnestehomme du monde. Ce bon Prince, qui se laissoit aise’ment flattersur son me'rite, remercia cette Dame de son bon avis, et im-patient de faire esclater sa colère, envoya un de ses confidensdire des injures à la Marquise, luy reprochant sa perfidie etprotestant de ne la voir jamais. Elle n’estoit pas à cette heure-là loge'e dans le Louvre, mais dans la ville, où elle fut fortsurprise de cette nouveauté'. Néanmoins, conservant assez d’espritet de respect dans ce désordre, elle respondit assez froidement :« Comme je suis asseurée de n’avoir jamais rien fait qui puisse» offenser le Roy, aussy ne puis-je deviner pourquoy il me traite» sy mal. J’espère que la vérité me vengera de ceux qui luy ont» donné de fausses impressions contre moy. » Et sans dire autrechose, elle se retira dans son cabinet, beaucoup plus troubléequ’elle ne l’avoit fait parroistre.

Cependant, Bellegarde, ayant appris toute cette affaire, enavertit aussitost Mademoiselle de Guise, et bien qu’il n’aymâtpoint le prince de Joinville (i), il prévoyoit et plaignoit fort ledesplaisir de sa sœur, sy l’on ne remédioit à ce désordre. Ils entrouvèrent le moyen, qui fut tel : le duc de Guise avoit unsecrétaire, qui contrefaisoit en perfection toutes sortes d’escri-tures, et on résolut que le prince de Joinville soustiendroit quecet homme, ayant recouvré de l’escriture de la Marquise, ill’avoit sy bien contrefaite, que le prince de Joinville, amoureuxde Madame de Villars, qui haÿssoit mortellement la Marquise,avoit résolu de faire avec elle ces mesmes lettres qu’elle avoitmontrées au Roy. La Marquise, ayant sçeu cet expédient,envoya supplier le Roy de permettre qu’elle se justifiât. Il yfit un peu de difficulté au commencement, mais ne pouvanttenir sa colère, ny quitter son amour, il alla luy-mesme entendreses raisons, qu’elle sçeut sy bien déduire, qu’il s’appaisa entiè-rement pour elle, mais le prince de Joinville fut contraint d’aller

( 1 ) Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, .prince de Joinville.