Band 
Tome I.
Seite
217
JPEG-Download
 

PROCKZ DE FRANÇOIS RAVAILLAC

217

conduire au supplice, qui luy firent faire des cris plus aigus queceux qu’il fît à la première torture, mais on ne put encore tireraucune de'claration de sa bouche. Au premier coin qui fut frappé,il dit, avec de hauts cris, que Dieu eût pitié de son âme et luyfit pardon de sa faute. Le second fit cesser le tourment, parcequ’il tomba en sincope. et le bourreau, un moment après, se saisitde luy. Il fut assisté de deux docteurs de la Sorbonne à lachapelle, de Filezac et Gamaches* pour se disposer à mettre saconscience en règle et recevoir les secours de la miséricorde deDieu. Il leur dit qu’il entendoit que sa confession fût révélée etrendue publique, afin que chacun sçeut que nulle personne queluy ne l’avoit sollicité à faire ce parricide. Les deux Docteurs enfirent hautement la déclaration. Le greffier la porta ensuite surson registre.

Il sortit sur les trois heures de la chapelle à la veüe de tousles prisonniers, qui sans doute l’auroient étranglé, sy l’on n’yavoit mis ordre, attendu que son assassinat avoit empesché qu’ilsne fussent tous délivrez des fers au jour de l’entrée de la Reyne.

Ce malheureux croyoit que le peuple devoit encore luy sçavoirbon gré du coup fatal qu’il avoit porté au Roy, et quand ondonna ordre aux archers d’empescher qu’il ne fût offensé dans lesrues par la populace, il respondit avec orgueil qu’on n’auroitgarde de le toucher, mais il fut bien surpris lorsqu’au sortir dela Conciergerie, dedans la cour du Palais, le long des cheminsoù il passoit, il entendit vomir feux et flammes contre luy avecdes imprécations et des blasphèmes exécrables.

On le mena ensuite devant la grande porte de Notre-Dame, oùil fit amende honorable, les genoux prosternez contre terre. Ilbaisa le bout de la torche en signe de repentance; de là, il futconduit en la place de Grève, où il trouva presque toute la villede Paris, qui estoit accourue pour voir l’exécution de son sup-plice. Il y vit aussy les Princes, Seigneurs, et Officiers de laCouronne et du Conseil, qui estoient dans les grandes sallespour le voir.

Quand il fut monté sur l’échaftàut, il eut quelque horreur deson crime, et le docteur Filezac luy commanda, avant de luydonner l’absolution, de lever les yeux au ciel : il luy respondit,pressé du remords de sa conscience, qu’il ne le feroit point,parce qu’il estoit indigne de le regarder, et consentit au contraireque son absolution fût convertie en une damnation éternelle,