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LES DESSOUS DE l’hISTOIRE
s’il estoit vray qu’il eût recelé et caché quelque chose de lavérité. Il vit d’un autre costé le peuple courroucé contre luyqui, loin de joindre ses souffrances aux prières qui se disentordinairement pour les patiens, maudissoit sa naissance et savie hautement, et souhaitoit que son âme fût précipitée, ausortir de son corps, dans le fond des enfers. Il n’y eut que lesdeux Docteurs qui l’assistoient qui chantèrent à voix haute lesprières ordinaires pour le consoler dans ses souffrances. Ceuxqui sembloient avoir le cœur le plus touché de son supplice nepurent s’empescher de murmurer de ce qu’on luy donnoit l’ab-solution. Enfin, après qu’il l’eut reçetie, il fut couché surl’échaffaut, les chevaux attachez aux mains et aux pieds, et samain droite percée de part en part d’un couteau rougi au feude soufre; ensuite, on luy déchira les mamelles et le gras desjambes avec des tenailles rouges qui luy firent faire des cris àfaire trembler, et on jetta dans tous ces endroits tenaillez duplomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix brûlante, de lacire et du soufre mêlez ensemble. Toutes ces douleurs vives etpénétrantes, qu’il souffroit assez constamment, ne purent néan-moins attendrir le cœur du peuple. Les uns ne proféroientcontre luy que des paroles d’exécration, et les autres le re-gardoient comme un criminel condamné au tribunal de la justicede Dieu, en horreur aux anges et aux hommes et sans aucuneespérance de salut.
Le bourreau fit une pause seulement pour respirer, et quelquesmomens après il continua le supplice. Il fit tirer les chevauxchacun de leur costé. Il y eut des gens parmy la populace qui,voyant que les chevaux n’alloient pas à leur gré avec assez devigueur, se mirent eux-mesmes à tirer les cordes pour leurdonner plus de force, et personne pour lors ne tint à déshonneurd’exercer le mesme office que le bourreau sur ce malheureux,parce qu’il avoit tüé son Roy et le père commun de la patrie.Il se trouva un maquignon, entre autres, qui s’apperçeut quel’un des chevaux commençoit à s’affaiblir; il descendit du sienpromptement, osta la selle et le mit en sa place. Il l’excita sv fort,qu’en une ou deux secousses qu’on luy donna, il eut emportél’épaule gauche. Il y en eut d’autres qui s’offrirent de le faireencore souffrir un nombre de jours en mourant après plusieursdislocations et froissures. L’exécuteur, le voyant à l’agonie, sepréparoit à le diviser en quatre quartiers, mais il fut bien étonné