CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGtIIER 3cp
sieurs de Léger, de La Crornpe et de Villemont, conseillers, et deRobillard, advocat général.
LETTRE DE M. DE PONTAC (i)Monseigneur,
Je me sens oblige, pour satisfaire à mon debvoir, de vousdonner advis qu’il a esté affiché ceste nuit divers placarts auxcarrefours de ceste ville, tendant à sédition. Le retour du sieurde Lanson, intendant de ceste province, sert de prétexte à cestelevée de boucliers; mais en effet, Monseigneur, je suis fort trompé,ou ce sont des pièces faictes à plaisir, qui n’ont pas pour autheursdes gens de peu. La nouvelle qui nous a esté apportée de laligue et de la jonction des Corps de Justice de Paris (qu’on nousasseure se fortifier tous les jours par l’arrivée des députez desautres Compagnies du Royaume) est une cause secrette qui aproduit ces placarts et ces menaces séditieuses. La passion quej’ay pour le service du Roy faict que je ne crains point de vousdévoiler ce mistère, dont j’ose vous supplier, Monseigneur, de neme rendre point autheur, puisque ce seroit me perdre et merendre à l’advenir absolument inutile au service de Sa Majestépar la défiance qu’on prendroit de moy dans ceste ville, où jesuis désià assez mal voulu, pour estre accusé d’avoir intelligenceparticulière avecq Messieurs les Ministres d’Estat et de porteravecq générosité les intérests de nostre Prince et l’authorité duConseil. Pourtant, Monseigneur, sy ces menaces avoient suitte,asseurez-vous, s’il vous plaist, que je payeray de ma personne,et que je m’exposeray hardiment aux plus grands dangers pourmaintenir l’authorité du Roy dans ceste ville et pour pouvoirmériter avecq effet la qualité de,
Monseigneur,
vostre trèsdiumble, très-obéissant et très-obligé serviteur,
De Pontac.
A Bourdeaux, ce 28 may 1648.
(1) Dossier n° 114, tome V, pièce 66.