CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SEGUIER
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LETTRE DU DUC D’ÉPERNON (i)
Monsieur,
J’avois prié Monsieur le Procureur général de Bourdeaux,suyvant les lettres que le Roy m’avoit faict l’honneur de m’es-crire au dit Procureur général, à la recommandation des receveurset fermiers des droits de Sa Majesté, de ne poursuivre pas lesfermiers de Mortagne, en conséquence d’ung arrest de ce Par-lement donné contre eux et contre les receveurs des droits duRoy sur la Charente, et Monsieur le Procureur général, obéissantaux ordres du Roy et déférant à mes advis et prières, traînoitl’affaire en longueur, et ne faisoit point de poursuites après avoirfaict signifier l’arrest. Il a esté adverty, et m’en a donné advis,que l’advocat général Du Saut a présenté requeste au Parlementcontre les dits fermiers de Mortagne et de Charente pour les faireassigner à trois briefs jours et leur parfaire leur procez, et quoy-qu’il l’ayt présentée sous le nom du Procureur général, il l’atoutefois signée du sieur Du Saut. J’aurois mandé le dit Du Sautpour l’advertir de la conséquence de la chose et des volontez duRoy, sy Monsieur le Procureur général ne m’avoit asseure' queDu Saut n’ignoroit point la volonté du Roy, et qu’il luy avoitfaict voir l’ordre et les volontez du Roy, en luy monstrant leslettres de Sa Majesté, au préiudice desquelles il n’avoit pas laisséde présenter la dite requeste, duquel procédé le Procureur généraldonnera advis et se plaindra à Sa Majesté. Je n’ay pas creu qu’ildéférast à mes advis, puisqu’il n’avoit pas faict estât des ordresque le Procureur général luy a communiquez de la part de SaMajesté, et en outre, le cognoissant d’ung esprit chaud et en dessentimens, touchant ces rencontres, contraires aux miens, j’ayconsidéré que je n’obtiendray rien de luy en luy parlant, et quede ceste conférence il prendroit occasion d’animer ce qu’il y a deplus remuant dans le Parlement et de nous diminuer ce peu quenous y avons de créance qu’il nous est nécessaire de mesnagerpour le service du Roy, ce que Monsieur le Procureur général aapprouvé. J’ay deu vous donner cest advis, sur lequel Sa Majesté
(i) Dossier n° 87, pièce 26.