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Tome II.
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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

LETTRE DE M. AUGEARD (i)

Monseigneur,

J’ay donné advis à Vostre Grandeur de la défaite de Libourne.Ceste victoire a sy fort abattu les factieux, qu’ils ont eu recours àMonsieur l’Archevesque pour obtenir grâce de Monseigneur leduc d’Espernon, mais le Parlement n’a pu se résoudre à suyvrela mesme voye. Se voyant abandonné de toute la bourgeoisie, ila esté obligé de quitter le chasteau du Hâ et d’ordonner que lesbarricades seront desmolies. Les plus séditieux d’entre eux, ap-puyez du marquis de Lusignan, auquel ils avoient donné lecommandement au lieu de Chambret, ont faict tous leurs effortspour empescher la desmolition des barricades et ont agy avecqtant de vigueur, que les bons bourgeois ont esté obligez des’armer contre les mutins qu’ils avoient esmeus. Ceste nouvellesédition fut cause que Monseigneur le duc d’Espernon ne putentrer en ceste ville que samedy après soleil couché. Je I’ayaccompagné, mais j’ay trouvé tant d’horreur pour moy, que jesuis contraint de me retirer d’avecq luv. Le président Charon,lequel s’estoit engagé dans la faction, a servy d’instrumentpour animer le peuple contre moy. Monsieur de Rabat, moncollègue, a couru beaucoup de hazards. Ceux qui ont eu à cœurle service du Roy ont esté exposez à la fureur, et les sentimensdes foibles ont esté estouffez. C’est la seule raison qui m’a obligéde vous supplier très-humblement d’accorder la translation denostre Compagnie en quelque autre ville de la province. Je faispar ces lignes la mesme prière à Vostre Grandeur, avecq pro-testation d’estre toute ma vye, de Vostre Grandeur,

Monseigneur,

vostre très-humble, très-fidèle et très-obéissant serviteur,

Augeard.

Bourdeaux, ce lundy n juin 1649.

(1) Dossier n° 107, tome II, pièce 100.