94
LES DESSOUS DE I.’HISTOIRE
Gourgues. Le Conseil, après que M. de Maran lui eut re'pondu sursa parole de la fidélité du dit capitaine, lui accorda 25o hommes.
Les troupes de M. d’Épernon ne tardèrent pas à se pre'senterdevant Vayres pour l’assiéger, et, après avoir éprouvé dans lebourg une faible résistance, s’approchèrent du château pour leforcer; mais elles furent si furieusement repoussées par la gar-nison, qu’elles durent se retirer à une portée de mousquet. Cepremier échec les rebuta d’autant moins que, sachant l’intelli-gence qu’on avait de leur côté avec le capitaine de Gourgues,elles étaient assurées que la place se rendrait bientôt. En effet,lorsque ses soldats eurent consommé toutes leurs munitions, ilse refusa à leur en donner de nouvelles, bien qu’il en eût beau-coup en réserve, et leur persuada qu’il était plus à propos d’ouvrirles portes du château à M. d’Épernon, et qu’ils éviteraient ainsile rude traitement qu’il ne manquerait pas de leur infliger, s’ilvenait à s’en emparer de vive force.
Ces belles promesses n’empêchèrent pas qu’on les désarmâttous sans exception, et qu’on les renvoyât, en grande partie toutnus, à Bourdeaux, afin d’inspirer la terreur à ceux de leurs ca-marades qui seraient tentés de courir pareille aventure. On lesreconnaissait dans la ville à ce qu’ils étaient les seuls qui neportassent point d’épée, et quand ils se voulaient approcher dequelqu’un, on se moquait d’eux, en les appelant aussitôt :« Soldats de Vayres! »
Quelque temps après, M. d’Argenson, qui avait été envoyépar la Cour pour mettre fin à tous ces désordres, arriva à Bour-deaux, et fit assembler le Parlement, pour lui signifier, au nomdu Roi, d’avoir à faire déposer les armes, en l’assurant qu’il avaitdonné le même ordre au duc d’Épernon, qui y avait immédia-tement obéi et avait demandé trois jours de trêve.
Après plusieurs tentatives inutiles pour ramener la paix dansles esprits, et reçu à diverses reprises des menaces de mort, quil’obligèrent à se réfugier au château du Hà, M. d’Argenson sevit contraint d’envoyer son fils à Libourne pour faire abattre lacitadelle, mais la garnison ne voulut pas le recevoir et refusa delui obéir.
A cette nouvelle, le peuple de Bourdeaux contraignit le Parle-ment à rendre un arrêt portant la démolition de la dite citadelle.
On arma pour marcher sur Libourne, l’assiéger et abattre lacitadelle, ou du moins la mettre dans le même état qu’elle était