PRISE DU CHATEAU DE VAYRES, ETC. ç5
lorsqu’on avait traité avec M. d’Epernon, et pour pourvoir auxfrais de cette expédition, on leva des sommes énormes dans laville de Bourdeaux.
M. de Chambaret en partit le 14 mai, à la tête de 2,5oo hommes,et fit arrêter son armée à Cre'on. Elle n’était pas encore arrivéedevant Libourne, que son nombre avait déjà doublé : toutesles communes de l’Entre-deux-Mers et i 5 o hommes du côté deCoutras étaient venus le rejoindre, ainsi que plusieurs volontairesde Bourdeaux, de sorte qu’ils étaient plus de six mille quandils commencèrent le siège, ce qui fut la veille de la Pentecôte. Ilétait facile de se rendre compte de leurs forces par les 10,000 painsde munition qu’on apportait chaque jour au camp, et dont laplupart, par pure gasconnade, ne voulaient pas manger.
La flotte bourdeloise arriva aussi en même temps devant Li-bourne : elle était composée de sept vaisseaux, parmi lesquelsl’Amiral portait quarante canons, les autres vingt, et d’une quan-tité de chaloupes et de brûlots, avec de grandes munitions debouche et de guerre. Elle reçut l’ordre d’attaquer la ville du côtéde la rivière, et le chevalier Pichon, qui commandait l’Amiral,fit tirer plus de trois cents coups de canon, sans qu’ils produi-sissent aucun effet : la plupart passaient par-dessus la ville; lesuns n’étaient chargés qu’à moitié, les autres n’e'taient pas chargésdu tout. Quelques capitaines de l’armée, étonnés de voir queces canons ne faisaient rien, montèrent à bord pour les mieuxpointer et charger; ils firent en peu de temps une assez fortebrèche, et ébranlèrent la muraille. Mais le chevalier Pichon, quisentait qu’on allait par là découvrir sa trahison, les obligea àrevenir à leur poste, et M. de Chambaret se vit dès lors contraintd’envoyer quérir des canons à l’Hôtel de ville de Bourdeaux,pour battre Libourne du côté de la terre.
On a assuré depuis que la déroute de Libourne provint plutôtde la lâcheté des Bourdelois que de la trahison : il est cependantcertain que M. d’Épernon corrompit avec de l’argent certainsofficiers supérieurs de l’armée bourdeloise, entre autres le majorLa Roque de S'-Macaire, qui eut pour sa part 20,000 livres,et les capitaines, auxquels il distribua 90,000 livres, ce qui fitqu’un peu avant le combat ils quittèrent tous leurs quartiers, etqu’aucun d’eux ne se trouva à la tête de sa compagnie.
M. de Chambaret, ayant reçu l’avis que l’armée du duc d’E-pernon s’approchait pour secourir Libourne, l’attendit de pied