Band 
Tome II.
Seite
96
JPEG-Download
 

9 6

LES DESSOUS DE L HISTOIRE

ferme dans ses tranche'es, et se mit à la tête de ses soldats, enles animant à faire leur devoir. Voyant que les ennemis notaientplus qu’à une faible distance, il cherche à entraîner les volon-taires de Bourdeaux à sa suite, mais il ne peut en de'tacher quecinq ou six. N’e'coutant plus alors que son courage, il s’e'lancepresque seul contre les ennemis, tire contre eux ses pistolets, etrevient auprès de ses soldats pour les engager de nouveau à lesuivre, mais ils ne bougent pas de place, et le regardent faire,pendant qu’après s’étre jeté à deux reprises en avant et avoir àdeux fois de'chargi ses armes, il tombe à la troisième attaque, etest porte' à terre d’un coup de mousquet.

Le courage de son fils, qui e'tait toujours reste' à ses côte's, nefut pas e'branle' par la mort de son père; bien au contraire, iltâcha de ramener les Bourdelois, en leur disant que leur ge'néraln’e'tait pas mort, mais ils firent la sourde oreille, et s’enfuirent detous côte's.

Leur épouvante fut telle, qu’ils se jetèrent en foule dans larivière, où il s’en noya plus de quatre cents; d’autres parvinrentà se sauver dans des bateaux et à porter à Bourdeaux la nouvelleque tout était perdu; le peu qui fit résistance fut taillé en pièces.

Il n’y eut que ceux de Coutras, au nombre de cent cinquante,qui se défendirent courageusement, et tuèrent plus d’Eperno-nistes que ceux-ci n’avaient tué de Bourdelois, en dehors, bienentendu, de ceux qui s’étaient noyés. On compta entre les morts,du côté de M. d’Épernon, sept de ses gardes avec la casaque, et,dit-on, un baron de très-haut rang. M. Audran, conseiller auParlement, fut fait prisonnier, et il resta sur la place quelquespersonnes de condition de Bourdeaux, mais la plus grande pertefut assurément celle de M. de Chambaret, qui fit preuve danscette circonstance de tout le courage qu’on peut attendre d’unsoldat et d’un capitaine.

Les ennemis s’emparèrent, à coups de pistolets, de deux na-vires chargés de vivres et de munitions, et il suffisait d’un seulsoldat de M. d'Epernon pour conduire dix à douze prisonniersBourdelois, comme un troupeau de moutons.

A entendre parler ceux qui en étaient revenus, ils avaient tousfait des merveilles, et rejetaient toute la faute sur leurs capitaines,et surtout sur M. Muscadet, conseiller au Parlement, qui avaitété le premier à prendre la fuite.

Le fils de M. de Chambaret s’en revint à Bourdeaux, fort affligé

■Dr*;»