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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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Ce Ministre travaille souvent seul avec le Roy, et la Courest présentement occupe'e à dresser deux plans pour differentesentreprises par mer, lesquels seront incessamment envoyés àMadrid, les deux Cours e'tant bien résoliies d’agir en tout deconcert, et de faire les plus grands efforts par terre et par mer.On parle diversement des vües de la Cour au sujet de ces nou-veaux arméniens. Les uns veulent que ce soit pour favoriser untransport considérable de troupes que la France et l’Espagnedoivent faire passer en Italie pour joindre aux troupes napoli-taines, afin de profiter de la révolte des Ge'nois pour reprendrel’Italie. D’autres disent que c’est pour chasser les Anglois hors dela Méditerranée. Mais ceux qui prétendent être au fait assurentcjue c’est pour faire une se'rieuse et de'finitive entreprise enEcosse et en Irlande.

La Cour ayant reçu, il y a environ trois semaines, des dé-pèches du marquis de Valori à Berlin, elle en parut d’autantmoins satisfaite, que M. Chambrier, ministre de Prusse, avoitdonné plusieurs assurances et fait des avances qui se trouventde'menties par les dépêches de Valori. Le Roy en témoigna sonmécontentement au marquis d’Argenson, et lui dit : « Le Mi-nistre de Prusse n’a certainement pas fait ces avances de sonfait; éclaircissez-vous un peu avec lui, parce que je ne comprendsrien à cela ».

M. d’Argenson étant revenu à Paris pour les audiences hebdo-madaires, fit inviter chez lui M. Chambrier, avec qui il eut unlong entretien, dans lequel il lui dit : « Il est étonnant, Monsieur,» après les assurances et promesses que la Cour de Berlin nous» a données, qu’elle demeure aussi tranquille, en voyant qu’on» attaque le Roy mon Maître de tous côtés. Lorsque les Au-» trichiens étoient à Nice, et qu’il n’étoit pas encore question» d’entrer en Provence, le Roy de Prusse, de son propre mou*» vement, fit dire à Sa Majesté Très-Chrétienne qu’il apprenoit» avec la dernière surprise que le dessein des Autrichiens et» Piémontois e'toit de pénétrer en Provence; qu’il n’en croyoit» cependant rien; mais qu’en tout cas, il invitoit d’avance le Roy» à être fort tranquille à cet égard, parce que s’ils étoient assez» osés pour tenter le passage du Var, il assuroit Sa Majesté qu’il» sauroit bientôt leur faire repasser ce fleuve sans ponts ni» bateaux, et faire repentir la Cour de Vienne d’une semblable-» entreprise. Ces assurances ont été plusieurs fois réitérées à