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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
Latude, son maître; il signait parfois Masers de Latude d’Auryd’Aubrespy.
Le jeune Latude reçut une éducation militaire, et après s’êtrerendu à Berg-op-Zoom auprès d’un ingénieur, ami de son père,il vint à Paris, en 1748, pour se perfectionner dans l’étude desmathématiques. Plein d’ambition, et dans l’espoir de se rendreintéressant aux yeux de la favorite du Roi, Latude parvint à sefaire introduire auprès de M me de Pompadour, et la prévint qu’ilavait vu mettre à la poste une boîte pour elle, et l’engagea,d’après les propos qu’il avait entendus, à se tenir sur ses gardes.M“ de Pompadour parut touchée de cette attention, et lui offritses services. La boîte arriva : c’était Latude qui l’avait miselui-même à la poste. Elle était pleine d’une poudre inoffensive,qu’on essaya sur des animaux, et en voyant qu’elle ne produisaitaucun mauvais effet, la marquise de Pompadour pénétra sonstratagème : elle s’en plaignit, et Latude fut arrêté et conduit àla Bastille le I er mai 1749.
Au mois de septembre de la même année, il fut transféré audonjon de Vincennes, où on lui donna la meilleure chambre,avec autorisation de se promener deux heures par jour dans lejardin. Le 28 juin 1750, après avoir réussi à enfermer un de sesgardiens, et à tromper les sentinelles, il s’échappa. Six joursaprès, il se remettait spontanément entre les mains du Roi, quile fit reconduire à la Bastille, où il resta pendant dix-huit moisenfermé dans un cachot.
Au bout de ce temps, on le mit avec un autre prisonnier,nommé Dalègre, dans une chambre ordinaire. S’étant aperçuqu’entre leur chambre et celle de dessous il y avait un doubleplancher, Latude, d’accord avec son compagnon d’infortune,combina les moyens d’une seconde évasion, en se servant dudessous du plancher pour y cacher le produit du travail de lajournée. Ces préparatifs durèrent près de dix-huit mois, pendantlesquels ils parvinrent, en effilant leurs chemises, leurs caleçons,
leurs serviettes, leurs bas, leurs chaussettes, etc.,.à fabriquer
1,400 pieds de corde et 200 échelons. Le 25 février 1756, ilsmontèrent par la cheminée, attachèrent leur échelle à un canon,descendirent dans le fossé, qu’ils traversèrent à moitié dans l’eau,et, à l’aide d’un barreau dont ils avaient fait un levier, ils déta-chèrent les pierres d’un mur qui les séparait du fossé de laporte Saint-Antoine, sans avoir été aperçus ni des sentinelles,