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PAPIERS DE LA BASTILLE
ni des rondes qui passaient sur le mur. Ils avaient emporte' unporte-manteau garni, changèrent d’habits et se réfugièrent àl'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Au bout d’un mois, Dalègre quitta la France et se réfugia àBruxelles, où il fut bientôt arrêté et ramené à la Bastille. Latudeparvint jusqu’à Amsterdam; mais le i er juin 1756, il fut enlevépar l’agent mis à sa poursuite et reconduit à la Bastille, où ilfut jeté dans un cachot, les fers aux pieds et aux mains, etcouché sur la paille.
Le Père Griffet, confesseur de la Bastille, touché de com-passion pour le malheureux prisonnier, lui procura de l’encre etdu papier pour transcrire un Mémoire dont il lui avait parlé, etse chargea de le remettre au ministre au mois d’avril 1758.C’était un projet pour faire prendre à tous les officiers etsergents des fusils au lieu des espontons dont ils se servaientjusqu’alors, ce qui fut adopté et augmenta l’armée d’un grandnombre de fusiliers, sans qu’il en coûtât rien. Un second Mé-moire que Latude adressa à la Cour le 3 juillet 1758 traitaitdes finances et des moyens de prévenir les disettes, en établissantdes greniers d’abondance. Ces travaux ne lui procurèrent aucunadoucissement, mais l’eau ayant envahi son cachot, on l’enretira et on le mit dans une chambre commode et bien éclairée,mais sans cheminée. Son ancien compagnon Dalègre devint foufurieux et finit à Charenton : il se croyait Dieu.
Latude avait établi des intelligences avec des demoiselles quidemeuraient rue Saint-Antoine. Le 16 avril 1764, ces demoisellesétalèrent un grand écriteau sur lequel on lisait : « La marquisede Pompadour est morte hier ». Le mois suivant, Latude écrività M. de Sartine pour le prier de le faire mettre en liberté, etparla de la mort de la marquise. Sartine vint le voir et luidemanda qui le lui avait appris : Latude refusa de le dire. Sar-tine lui déclara qu’il n’aurait sa liberté que lorsqu’il lui auraitnommé la personne de qui il tenait cette nouvelle. Sur ces en-trefaites, Latude écrivit une lettre injurieuse à M. de Sartine,qui le fit mettre au cachot, au pain et à l’eau, et l’envoya, le14 août 1764, au donjon de Vincennes. Le 23 novembre del’année suivante, il parvint encore à s’évader en renversant sestrois gardiens et en désarmant un factionnaire.
De sa retraite, il écrivit au ministre Choiseul pour lui de-mander une audience, et partit pour Fontainebleau, où il fut