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Tome II.
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3p8 LÉS DESSOUS DE L’HISTOIRE

de prouver les ensorcellemens de feue la marquise de Pompadouret du marquis de Marigny, son frère, on verroit très-clairementque je n’ay point un esprit foible, et que je n’ignore point quel’auguste, que le respectable Parlement de Paris ne croit pointqu’il y ait des sorciers, ni des sorcières; que je n’ignore pasnon plus que tous les grands hommes de ce siècle croiroient sede'shonorer de croire qu’il y a des de'mons, et encore moinsd’ajouter foi que ces de'mons puissent commercer et favoriser lespersonnes exe'crables qui les invoquent pour venir à bout deleurs de'sirs. Qunnt à moy, il y a environ dix ans, que si unhomme m’avoit dit à moy-méme qu’il y avoit des de'mons, et queces de'mons, soit par invocation ou conjuration, ou enfin d’eux-mêmes pour accabler un peuple se faisoient connoître, qu’ils sede'vouoient à certains personnages, et qu’ensuite ils les e'ievoientau plus haut grade de la fortune, et que tous ceux qui entre-prenoient de renverser ces abominables prote'ge's, ces instrumensdu mal, que ces de'mons par leurs puissances infernales lesaccabloient de maux, il est vray que j’aurois pris l’homme quim’auroit dit ces paroles pour un ve'ritable insensé'.

Pre'sentement, moy pauvre prisonnier, je dois croire certai-nement que tous les gens d’esprit vont dire que je suis un fou,un extravagant, qui me'rite d’être enferme' aux Petites-Maisonsd’oser dire hardiment que la marquise de Pompadour e'toit unesorcière, et que le marquis de Marigny, son frère, a encoreaujourd’huy même du commerce avec les de'mons, et qu’il neme retient icy dans les fers avec beaucoup d’autres prisonniersdepuis plus de dix ans que sa sœur est morte, que par la forcede ses ensorcellemens, parce qu’il peut être très facile à unhomme de haute science, ou je suppose à un bon avocat, depouvoir prouver au Parlement et à la face de tous les hommesde la terre le contraire par ces quatre paroles.

Personne ne vit quand Harpalus, tre'sorier du grand Alexandre,

donna une coupe de vingt . (i) (c’est-à-dire de vingt mille

e'cus) à De'mosthènes pour luy faire garder le silence, mais lelendemain tous les Athe'niens sçeurent bien le reconnoître par unmorceau de peau de mouton que ce grand orateur avoit mis àl’entour de son cou. Ce fut alors que tout le peuple cria à De'-mosthènes : « Tu n’as point une squinancie, mais c’est une

(i) Le mot est déchiré dans le manuscrit. Ne serait-ce pas : talens?