PAPIERS DE LA BASTILLE
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» écrit à Paris et chargé de votre part d’aller voir Le Cour, ci-» zelleur du Roy, pour luy demander l’argent qu’il vous doit. Or,» vous me reconnoissez : vous ne devez pas me faire un mystère» de me dire où est d’Alègre.». A quoy elle me répondit : « Il» est bien : à bon entendeur, demi-mot ». Par ces paroles, jecompris bien qu’il avoit été arrêté. Cependant, je ne fis passemblant de m’apercevoir de ce malheur. Je luy demanday s’ilavoit payé sa dépense. Elle me répondit : « Tout est bien payé ».Alors, l’hôte me demanda si je ne logeray point chez luy? Je re-pris : « Cela n’est pas douteux : vous n’avez qu’à me préparer à» souper, et je reviendray vers les neuf heures et demie, car j’ay.» à voir plusieurs personnes ». — « Cela suffit, me dit-il, je vais» faire écrire votre nom à l’Hôtel de ville ». Je sortis vite de chezluy, bien résolu de ne plus y retourner. Je ne fus voir qu’un demes amis, nommé l’avocat Scoüin, qui ne voulut pas croire quele prince Charles eût consenti à l’enlèvement de d’Alègre. Je lechargeay d’aller le lendemain s’informer de cela et de retirer monporte-manteau de la diligence, et en le quittant je fus attendre ledépart de la barque d’Anvers, qui partoit à neuf heures du soir.Malheureusement pour moy, il se trouva dans cette barque unsavoyard ramoneur, habillé en dimanche, qui s’approcha de moyen me disant : « A votre air, je connois que vous êtes françois :» allez-vous à Anvers? » Je luy répondis que j’allois à Rotterdam,— « Et moy aussy, me dit-il, nous ferons le voyage ensemble ».Arrivés à Anvers, il me dit : « Il vous faut acheter des vivres» pour cinq à six jours, crainte que le vent ne devienne con-» traire ». Il vint m’accompagner pour en faire l’achat. Cela fait,il me dit : « Venez avec moy. Je veux vous faire voir les beaux» tableaux qu’il y a dans la grande église ». Je lè suivis, et yétant entré, il vint me dire en confidence : « Monsieur, il y a» environ cinq jours qu’on a enlevé un François dans Bruxelles :» c’étoit un homme comme il faut et de grand esprit. Il s’étoit» échappé d’une prison royale avec un autre prisonnier, et pour» n’étre pas reconnu en chemin, il s’étoit habillé en pauvre, et il» demandoit l’aumône. Arrivé dans Bruxelles, il s’étoit logé au» Coffy, et L’Aman — c’est le nom d’un officier du justice, c’est-» à-dire une espèce de prévôt qui arrête le monde — et L’Aman» sous prétexte d’écrire son nom, l’avoit mené dans sa maison,» et enfermé dans une chambre-, et le lendemain, on l’a mis dans» une chaise de poste et reconduit en France, et il n’y a que moy
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