PAPIERS DE LA BASTILLE
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corps que des gens d’esprit, et par conse'quent, que pour pou-voir s’avancer dans les grades, il falloit en avoir beaucoup. Onn’ignore pas non plus que les Je'suites e'toient les plus fins, lesplus ruse's politiques de toute l’Europe, et l’on peut juger s’ilsavoient choisi entre eux un sujet médiocre pour le fourrer dansles affaires d’Etat, c’est-à-dire pour le faire le confesseur desprisonniers d’Etat et sçavoir par ce moyen les secrets et lesaffaires les plus importantes de tout le Royaume, et même despays étrangers. Ils élurent entre eux le Père Griffet pour êtrenotre confesseur, qu’on disoit être un des douze cordons bleusde l’Ordre. Il falloit donc que ce Père eût beaucoup d’esprit etde capacité. Or, je priay ce Jésuite d’examiner ce système definances, et ce qu’il y a de certain, c’est que le Père Griffet medit plus de cent fois en le lisant : « Mais vous avez beaucoup« d’esprit, mais il faut que vous ayez bien lu, bien étudié », eten finissant de l’examiner : « Je ne vous croyois pas tant d’esprit,» me dit-il, j’iray demain sans faute voir M. de Sartine pour le» prier de vous accorder du papier, pour que vous puissiez le luy» envoyer ». Il y fut, et à son retour, voicy la réponse qu’il mefit : « J’ay parlé au Lieutenant général de police : il m’a répondu» avec un ton de mépris : « Ah ! nous n’avons pas besoin d’aller» chercher de systèmes de finances à la Bastille. Cependant, j’ay» pourtant obtenu qu’il vous accordât du papier pour le luy» envoyer ». Sur-le-champ, je le transcrivis sur du papier, et lei 3 de février 1760, je l’envoyay à M. de Sartine, et depuis cejour-là, on ne m’en a jamais dit un seul mot. J’en ay gardé unecopie, et le temps fera connoître à tout le monde si ce systèmeest bon ou mauvais.
Sur plusieurs remarques que j’avois faites sur les horreurs dela famine, je fis un quatrième projet pour prévenir ce terriblefléau, c’est-à-dire que je proposois au Roy de faire bâtir uneAbondance dans chaque province et les remplir de bleds, etvoicy le moyen que j’avois trouvé pour luy fournir d’argent plusqu’il en falloit pour pouvoir venir à bout de cette grande etimportante entreprise. Pour cet effet, je proposois à Sa Majestéd’ordonner à tous les curés du Royaume d’avoir, chacun dansson église, quatre Registres pour enregistrer les mariages; quele premier seroit relié en maroquin rouge, tranche dorée en or,et intitulé ; Registre des gens de distinction; le second, relié en maro-quin vert et tranche dorée en argent, et intitulé : Registre de la
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