Band 
Tome II.
Seite
416
JPEG-Download
 

LES DE DESSOUS L’HISTOIRE

416

seulement devoit me faire de'livrer de prison en me faisant unefortune honnête, ne me tira pas seulement des fers, ni du cachotoù j’étois.

Quatre mois après, c’est-à-dire le 3 de juillet suivant 1758,j’envoyay un second projet à Louis XV pour pensionner lespauvres veuves des officiers et des soldats, surcharge’es d’enfans,qui avoient perdu leurs maris à la défense du Royaume, c’est-à-dire que je proposois au Roy d’augmenter le port de chaquelettre de la poste, venue de près ou de loin, d’un liard de plus,et c’est ce qui devoit produire la somme de 1,346,153 1 i6 ! 11 ~ztoutes les anne'es. Or, je faisois voir à Sa Majesté' qu’il y avoitd’argent plus qu’il n’en falloit pour pensionner deux mille veuvesd’ofhciers à ‘25o livres chacune, et huit mille veuves de soldats à100 fr. Mais il est sans doute que ceux qui examinèrent ceprojet, en voyant qu’en mettant un seul liard sur chaque lettre,venue de loin ou de près, cela rapportoit 1,346,153* i6 s ii^z,qu’en mettant deux liards, cela rapporterait le double, et ainsi enproportion. Comme l’État avoit besoin d’argent, on se servit demon calcul, c’est-à-dire qu’au lieu de n’augmenter le port deslettres de la poste, venues de loin ou de près, que d’un liard deplus et donner cet argent aux pauvres veuves, on les a aug-mentées de plus d’un sol chacune, et en suivant les proportionsde l’e'loignement. Par conse'quent, vous devez voir qu’on n’a faitque changer le sens de mon projet, et que c’est à moy-même àqui Sa Majesté' doit avoir l'obligation de plus de 12 millions derevenus de plus que ses fermes de poste luy rapportent toutesles anne'es. Or, ce projet, encore bien loin de me faire adoucirma peine, ne servit qu’à me faire resserrer plus e'troitement, car,sur-le-champ, l’usage du papier me fut ôte', et je ne sçauroisdouter que cette horrible ingratitude n’ait e'té occasionne'e parles ensorcellemens de la marquise de Pompadour, et en mêmetemps, le sieur Chevalier, major de la Bastille, qui est encorevivant, vint me de'fendre, de la part du Lieutenant ge'ne'ral depolice, de luy envoyer encore des projets, sans doute pourm’empêcher de demander la re'compense de ces deux projets, quie'toient en exécution. Cependant, je ne me rebutay point. Fautede papier, avec de la mie de pain, je fis des tablettes que jepétris avec de la salive, et sur ces tablettes je composay unsystème de finances.

. Personne n’ignore que les Jésuites ne reçoivent dans leur