PAPIERS DE LA BASTILLE
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» le plus grand mal de la France, c’est de ne point sçavoir» prévenir les malheurs : il faut que nous y soyons plongés» dedans pour y penser, car si, aujourd’huy, il nous survenoit» une famine, dans les circonstances où les affaires se trouvent,» nous serions tous perdus ». Remarque. — Quand je luy fisvoir ce projet, nous étions alors dans le plus fort de la guerredernière, de 1758 jusqu'en 1762, et il ajouta encore ces paroles :« M. Hérault, me dit-il, avoit pris la résolution d’ordonner à» toutes les communautés de Paris de faire chacune en parti-» culier une certaine quantité de provisions de bleds pour pré-» venir la famine dans cette capitale, mais sa mort a été cause» que ce bon projet ne fut point exécuté, et en même temps il» m’a conseillé de vous l’envoyer promptement.. etc. »
Mais M. de Sartine, à qui la marquise de Pompadour avoitenvoyé un démon horrible dans son corps, qui y est encoreaujourd’huy même, au lieu de faire servir la résolution deM. Hérault pour autoriser mon projet, la mit en exécution enétouffant mon projet, et par ce moyen, il a fait faire par toutesles communautés de Paris toutes les provisions de bleds quevous voyez de faites présentement, et c’est ce qui luy a faitbeaucoup d’honneur, et l’on m’a dit que pour le récompenser dece service, le Roy le fit conseiller d’Etat. Ainsy, pour se con-server un honneur et une récompense qui ne luy appartiennentpoint, le démon qui le possède luy a fait prendre la résolutionde me faire périr entre quatre murailles.
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INTERVENTION DES DÉMONS
Or, ne voyant aucune fin à ma longue souffrance, je pris larésolution de me secourir moy-même. Certain que M. de Si-lhouette étoit un homme de grand esprit et qu’il m’avoit promisnombre de fois de me rendre service, j’eus recours à luy, et enconséquence, je luy envoyay de fort bons papiers par un bas-officier qui me paroissoit etre un homme fort entendu, car ilavoit été pendant plusieurs années sergent d’affaires dans sonrégiment. Je promis à celui-cy de luy donner 1,000 écus, et enoutre un employ, et pour luy faire voir que j’étois en état deremplir ces deux promesses, je luy donnay le paquet tout dé-cacheté, et luy dis de l’examiner auparavant, et après l’avoircacheté, de le porter à M. de Silhouette. Je luy remis ce paquet