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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
le 19 août 1765, et le lendemain, il fut au Petit-Bry; mais lesuisse luy dit que M. de Silhouette e'toit à une autre de sesmaisons de campagne, et qu’il ne reviendroit que dans huit oudix jours; mais au lieu de laisser ce paquet à son suisse, qui leluy auroit envoyé', ou enfin qui le luy auroit remis en arrivant,par un coup du de'mon (Nota, c’est ce qui sera prouvé plus bas),il remporta ce paquet chez luy. Je luy fis des reproches de cequ’il ne l’avoit point laissé. 11 me répondit que c’e'toient despapiers de trop grande conséquence, et qu’il n’avoit eu garde deles laisser à son suisse.
Nota. — Ce bas-officier, par la lecture qu’il avoit faite de cespapiers, reconnut le grand coup qu’il y avoit sur le tapis. Ilcomptoit de tenir sa fortune entre ses mains. Effectivement, sansensorcellement elle luy e'toit certaine, et voicy de la manière quele démon renversa cette affaire : le suisse dit à mon bas-officierque M. de Silhouette ne reviendroit que dans huit à dix jours.Or, la veille du jour que mon bas-officier devoit partir pourporter pour la seconde fois mon paquet au Petit-Bry, il e'toit degarde à la porte du petit parc. Le démon s’e'tant emparé des sensdu Lieutenant du Roy, luy inspira l’envie d’aller dîner chezM. l’Archevêque de Paris, à Conflans : en conséquence, il montadans son carrosse et passe à la porte du parc. Et comme c’e'toitun voyage que le démon avoit préparé pour renverser monaffaire, il ne laissa pas ignorer à mon bas-officier que le Lieu-tenant du Roy alloit dîner à Conflans, et il crut qu’il ne re-viendroit que sur les trois ou quatre heures du soir, et parconséquent, qu’il n’avoit rien à craindre d’aller dîner chez luy,sans attendre qu’un autre de ses camarades vînt le remplacer.Mais à peine fut-il sorti du corps de garde, que le Lieutenant duRoy retourna sur ses pas, parce qu’il apprit en chemin queM. l’Archevêque e'toit à Paris, et jugez si le démon, au traversde la portière de son carrosse, ne luy fit pas apercevoir qu’ilmanquoit un soldat de la garde. Il demanda où il étoit, et on luyrépondit qu’il étoit allé dîner, et sur-le-champ il l’appointa dedix gardes. Or, pendant ces dix gardes, qui font onze jours, ilne fut pas possible à mon bas-officier d’aller porter mon paquetau Petit-Bry. Par conséquent, par ces deux malheurs, le démonretarda mon paquet à être remis pendant plus de vingt jours,parce qu’à son premier voyage mon bas-officier l’auroit dû laisserau suisse. Mais pour voir comme il faut ce coup d’ensorcellement,