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LES DESSOUS DE l’HISTOIRF.
ENTRETIEN ET CORRESPONDANCE AVEC M. DE SARTINE
Le 8 du mois de novembre 1772, M. de Sartine vint icy, dansle donjon de Vincennes. Il y avoit plus de six ans que je n’avoispu luy parler, ni même luy écrire. Ce jour-là, il m’accorda uneaudience de cinq à six minutes. En me pre'sentant devant luy, jeluy demanday la raison pourquoy il me retenoit en prison, et deme faire voir le crime que j’avois commis. Il me re'pondit que jele sçavois bien. Je repris : « Je l’ignore, et je vous prie de me le» faire voir ».
Réponse. — « Je vous l’ay fait voir plusieurs fois. »
Réplique. — « Vous, Monsieur, vous m’avez fait voir que j’ay
» commis un crime?. Jamais. Mais, s’il est vray que j’aye
» commis un crime, faites-le voir devant ces trois messieurs» que voilà. Pensez que votre silence va prouver l’injustice» affreuse dont vous m’accablez. » En se voyant ainsy presser,il me dit, en la présence du Lieutenant du Roy, du Major et deson commis :
« Vous avez dit des sottises affreuses contre le Roy, contre le» Ministre et contre moy ! »
Réplique. — « Moy, j’ay dit des sottises affreuses contre le Roy?» Je vous de'fie, Monsieur, de me faire voir une seule personne» au monde, ni aucun e'erit, qui puisse me convaincre d’avoir» jamais dit une seule parole qui ait pu de'plaire à Sa Majesté',» et comme il n’est pas de la justice de -faire périr un homme» avant de l’avoir convaincu, vous me ferez voir ces preuves,» vous me les ferez voir! » En voyant que j’allois entrer enfureur et le presser violemment de me faire i/oir ces preuves, ilme dit : « Vous demandez un avocat pour examiner votre Mé-» moire en votre pre'sence? Au premier jour, je vous l’enverray :» soyez certain que je vous tiendray ma parole. » Cette promesseappaisa le courroux qui s’e'toit emparé de moy, certain que jesuis que mon sort dépend de l’examen de ce Mémoire, et qu’enm’envoyant cet avocat, dans peu de jours j’allois être libre, etc’est à cause de cela que je ne le pressay plus de me faire voirles preuves de son injuste accusation. Mais prenant un ton plusdoux, je luy dis : « Puisque vous me promettez de m’envoyer» un bon avocat, j’ose vous représenter que cette affaire réus-» siroit bien mieux en votre honneur et gloire, si auparavant