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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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» vous vouliez bien avoir la bonté de m’envoyer le sieur Rece-» veur, exempt, qui écrit extrêmement vite, pour tirer une copie» de ce Mémoire sur du beau papier, afin que l’avocat le puisse» examiner avec plus de facilité ».

« Eh bien! me dit-il, soyez certain qu’avant trois jours je» vous enverray cet exempt ». Dans cette audience, il ordonna auLieutenant du Roy de me donner du papier blanc pour m’oc-cuper, et la permission de luy écrire toutes les fois que je lejugerois nécessaire. Enfin, six jours après, qui étoit le 14 du ditmois de novembre 1772, au lieu d’un exempt, il m’en envoyadeux. Il est inutile de répéter icy toutes les paroles que je leurdis et celles qu’ils me répondirent, parce que je vais vous eninstruire par les copies des lettres que j’ay écrites du depuis àce Magistrat, et que je vais transcrire icy :

Copie mot pour mot de la lettre que j’ay envoyée deux fois desuite à M. de Sartine., datée du 25 de décembre 1772. Néan-

moins, je ne pus la faire cacheter et partir que le 10 de janvierde l’année suivante 1773, et la seconde fois elle partit, le *2 defévrier suivant, avec un commencement différent :

« Monsieur,

» Vous êtes trop sage pour ignorer les devoirs de votre charge,» qui sont d’écouter sans cesse les plaintes et les prières des» malheureux, et s’il s’en trouve sous le soleil un plus à plaindre» et plus digne de votre compassion que moy, c’est luy que vous» devez secourir. Mais aussy, si parmi tous les prisonniers qui» sont sous votre juridiction, il ne s’en trouve pas un seul qui» ait été, pendant dix années entières, privé du feu et de la» lumière, soixante-neuf mois dans des cachots ou des caveaux» horribles, trois mois au pain et à l’eau, et quarante mois, sans» relâche, les fers aux pieds et aux mains, couché sur de la» paille, sans couverture — comptez que le tout fait vingt-quatre» années de souffrances — hélas! — un si cruel traitement» semble digne de votre compassion. Mais, Monsieur, si la mort» efface toutes sortes de crimes, quelle abomination peut-on me» convaincre d’avoir commise, pour qu’une seule mort ne soit» pas capable de me faire expier ce prétendu forfait? Où sont» mes accusateurs? Où est le procès-verbal, signé de ma propre» main, qui puisse prouver que j’ay été convaincu d’avoir fait ou