PAPIERS DË LA BASTILLE
44b
huit ans, pour avoir eu le malheur de de'plaire à une me'chantefemme qui est morte depuis plus de douze anne'es? Ce sont descruaute's abominables.
Remarque. — L’infortune' d’Alègre, que je croyois être dans ledonjon de Vincennes, aujourd’huy 28 septembre 177b, je viensd’apprendre qu’il y a plusieurs anne'es que sa cervelle a pete',c’est-à-dire qu’il a perdu totalement l’esprit; que de la Bastilleil fut conduit icy dans la maison de force de CharentOn, etmis aux catacombes avec les enrage's, où il est encore pre'sen-tement.
SUPPLIQUE A M. DF. MALESHERBES
Ne'anmoins, maigre' toutes ces promesses, je ne laissay pasmoins que d’e'crire au Ministre, et voicy la copie de la lettre quej’envoyay à M. de Malesherbes, ministre et secrétaire d’État aude'partement de la Maison du Roy :
« Monseigneur, ^
» Pour mettre le comble à mon infortune, il ne manquoit plus» que de me mettre aux Petites-Maisons. M’y voilà, et pour le» coup, je puis de'fier tout l’enfer d’ajouter quelque chose à ma» peine. He'las ! après avoir e'te' dix anne'es entières prive' du feu» et de la lumière, après avoir e'te' mis à différentes reprises,» pendant soixante-dix-sept mois, non pas dans des cachots or-» dinaires, mais dans des caveaux affreux, pour e'teindijp ma» malheureuse vie, quatre mois au pain et à l’eau, et quarante» mois sans relâche, les fers aux pieds et aux mains, couche' sur» de la paille sans couverture, après, dis-je, vingt-sept anne'es du» plus terrible de tous les martyres pour un fait qu’on ne peut» traiter, au pis aller, que d’une fable officieuse, ne devois-je pas» attendre d’un Ministre qui passe, de l’aveu de tout le monde,» pour l’homme le plus vertueux et le plus intègre de toute la» France, une prompte liberté'? Ah! Monseigneur, il faut que» mes ennemys ayent bien travaille', pour qu’il leur ait e'te' pos-» sible de surprendre votre justice. Par la mise'ricorde de Dieu,» j’espère que la ve'rité vous e'clairera et que vous les couvrirez» de confusion. Mais ignorant la nature de leur fausse accusation,» il m’est impossible de pouvoir me justifier. C’est pourquoy je