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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
équitable Ministre, vu la compassion qu’il m’avoit témoignée ettoutes les promesses qu’il m’avoit faites de me rendre inces-samment ma liberté', qu’au bout du terrible espace de vingt-septanne'es de captivité', il n’auroit pas eu l’horrible cruauté' de m’ou-trager en me faisant mettre aux Petites-Maisons, et de me con-fondre, moy, sans rime ni raison, avec une troupe de fous etd’imbe'ciles, et qui plus est, de faire plus que tripler monmartyre, car je viens de vous faire voir que j’avois toujours euenviron 2,000 livres par an, tandis qu’icy je n’ay que 600 livres,qui est la moindre de toutes les pensions.
En arrivant dans la maison de force de Charenton, le len-demain, je fus mis dans le corridor des gens sages, dans lachambre numéro X. On m’y enferma à tour de clef. Ne'anmoir.s,à ma prière, les Pères de la Charité' eurent l’humanité' de nelaisser le guichet ouvert. Parmi une centaine de fous et d’im-be'ciles, il se trouva y avoir alors huit à dix personnes sages.Sur-le-champ, tous ceux-cy vinrent me saluer et me faire millequestions differentes. A mon tour, je leur demanday des nou-velles, mais quel fut mon e'tonnement, quand ils me dirent qu'ily avoit dix-sept mois que Louis XV e'toit mort; qu’il y avoit plusd’un an que M. de Sartine avoit été' fait ministre de la ma-rine; que M. Lenoir, qui avoit été lieutenant criminel, l’avcitremplacé; que huit mois après, celui-cy avoit été remercié, etM. d’Albert fait lieutenant général de police à sa place? Enapprenant ces grands événemens, je tombay de plus haut quedes nües.
Pourquoy donc, à la mort de Louis XV, ou enfin au sacre JeLouis XVI, selon les loix et les coutumes du Royaume, n’a-t-onpoint révoqué toutes les lettres de cachet du règne précédent?Pourquoy n’a-t-on pas fait ouvrir les portes de toutes les prisonsroyales ?.
Dieu nous donne un nouveau Roy, qu’on voit réellement aveirun bon cœur et des entrailles paternelles, avec un désir extrêne
de rendre tous ses peuples heureux. Cependant, dans le tenns
que nous prions le Ciel de le combler de toutes ses be'nédictiors,et que nous faisons des vœux et des prières pour sa conserva-tion.. comment peut-on voir sans horreur encore aujourd’huy
même pourrir dans les fers le malheureux chevalier de La Ro-che-Guérault depuis vingt-trois années, d’Alègre depuis vingt-sejt,et moy, Henri de Masers, ingénieur géographe, depuis vingt-