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l’amiral de coligny
religion pour triompher par elle, ajoute : « Mais surquoi l’on ne peut se tromper, c’est sur ses vertus mili-taires et civiles ; sur son courage, son intrépidité, sonaffabilité, sa douceur; sur sa sagesse à projeter et sapromptitude à exécuter, sur l’étendue de son génieaussi propre aux manèges de la cour qu’aux expéditionsguerrières. Il connaissait le faible de la reine, que lescoups de rigueur déconcertaient; il la surprenait par sahardiesse, et lui arrachait ce qu’il voulait, avant qu’ellese fût mise en garde contre ses désirs. »
Lacretelle, souvent très sévère envers Guise, ne peutcependant s’empêcher de s’écrier : « Après avoirmontré, durant la plus grande partie de sa vie, lamagnanimité d’un chevalier, il mourut en montrant lapatience et la douceur d’un chrétien. »
La mort du duc de Guise a inspiré à Guizot unedes plus belles pages de son Histoire de France. Aprèsavoir rapporté les derniers moments du duc, il écritces lignes empreintes d’une impartialité et d’uneremarquable élévation de pensée, bien dignes de cetaustère huguenot : « Je me fais un devoir de retracerfidèlement cette mort pieuse et sincère d’un grandhomme au terme d’une vie forte et glorieuse, mêlée debien et de mal sans que le mal y eût étouffé le bien. Cepuissant et consolant mélange est le caractère deshommes éminents du seizième siècle, catholiques ouprotestants, guerriers ou magistrats; et c’est un spec-tacle bon à'offrir dans des temps où le doute et l’affai-blissement moral est la maladie commune, même desbons esprits et des honnêtes gens. »
M. Guizot eût été fort en peine de trouver, parmi lesprotestants du seizième siècle, un seul qui fût digned’être comparé à ce héros, dont nous allons maintenant