l’amiral de coligny
135
décrire la fin douloureuse avec l’abondance de détailset la minutie d’observation d’un juge chargé d’instruireune affaire criminelle.
C’était le 18 février au soir; l’assaut devait avoirlieu le lendemain, et Guise, ne voulant pas que la villefût livrée au pillage, venait d’adresser à ses troupesses dernières recommandations, et au lieu de retournerà son camp de Saint-Hilaire, près Saint-Mesmin, aulieu dit les Vallins, il prit la route du château deCorney, où la duchesse sa femme venait d’arriver.
Guise, n’avait pas voulu, pour économiser l’argentdu roi, faire construire sur la Loire un pont qui eûtcoûté de quatre à cinq cents écus. Ce pont lui eût évitéun immense détour toutes les fois qu’il revenait duPortereau pour rentrer en son camp.
« Espargnons l’argent de notre roi, disait-il, il y en« a assez à faire ailleurs; tout lui est bien de besoin;« car chascun le pille et le mange de tout côtés. Nous« nous passerons, bien de ce pont; et moy, mais que« j’aye mon petit bateau, c’est assés. »
La duchesse était à Corney, et venait, selon salouable et sainte coutume, solliciter de son époux cettegrâce, qui ne lui avait jamaisjété refusée, que la villed’Orléans, une fois prise, fût préservée du pillage, etles habitants de la fureur des soldats (1).
Laissons maintenant la parole au prince de Caraman-Chimay (2).
Ce soir-là, François de Lorraine était resté au campplus tard que de coutume. Il attendait l’évêque de Li-
(1) Ch. Cauvin : Vie de François de Lorraine, duc de Guise,p. 313, 314.
(2) Gaspard de Coligny, p. 214, 215.