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l’amiral de coligny
moges et le sieur d’Oysel, qui avaient été à Orléanstraiter de la paix avec Dandelot et le connétable. Leduc espérait les rencontrer à leur retour et s’entreteniravec eux d’une affaire d’autant plus importante pourlui, qu’il ne manquait pas de gens, à la cour et ailleurs,pour l’accuser de prolonger la guerre à plaisir et pouraugmenter la puissance de sa maison. Le sieur deGrenay, familier du duc, voyant l’iieure qui s’avançait,partit en avant pour rassurer la duchesse de Guise surce retard inaccoutumé. Il passa la Loire dans un petitbateau, car le pont de Saint-Mesmin avait été rompupar les huguenots, et il aborda sur l’autre rive.
La nuit tombait. Quand il fut à terre, un homme, quidepuis longtemps déjà se promenait au bord du fleuve,lui demanda si le duc n’allait pas bientôt passer. « Ilvient », dit Crenay, et il continua sa route.
Le duc, en effet, n’attendit pas plus longtemps. Ilmonte en bateau, les trompettes du camp sonnent sonarrivée, on débarque; le jeune Villegomblain marcheen avant; quelques pas après, suit le duc de Guise,désarmé, et s’entretenant du siège avec le seigneur deRostaing, monté sur un petit mulet. C’était là toute sonescorte. Tout à coup, comme les trois seigneurs passentdans un carrefour où croissent deux grands noyers, uncavalier s’avance dans l’ombre; il arrive par derrière àsept pas du duc de Guise, et tire sur lui un coup depistolet. Trois balles de cuivre fracassent l’épaule duduc, la violence du coup le jette sur le cou de soncheval; il se redresse, veut mettre la main à l’épée;son bras reste inanimé. Le sieur de Rostaing s’élanceà la poursuite de l’assassin; mais, avec son mulet,il ne peut atteindre celui-ci qui est monté sur uncheval d’Espagne, et qui, tirant lui-même son épée,