L AMIRAL DE COLICiNY
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feint de poursuivre le meurtrier et disparaît dansl’obscurité. Le duc arrive mourant entre les bras desa femme.
Rostaing appelle au secours; des soldats et des pagesaccourent. Anne d’Este et le prince de'Joinville, quiattendaient un époux et un père triomphant, n’ont quela force de se précipiter sur lui pour l’embrasser avecdes larmes de douleur et de désespoir. « Ah! monDieu! mon Dieu! s’écrie la malheureuse épouse, c’estmoi qui l’ai assassiné! — Il y a longtemps, dit le duc,qu’on me gardait ce coup-là, que je mérite pour ne pasm’être précautionné » ; et, se tournant vers sa femme,il ajouta, pour la consoler, qu’il lui portait une piteusenouvelle, mais telle qu’elle était il fallait la recevoirde la main de Dieu et s’accorder à sa volonté; qu’iln’avait nul regret de mourir, mais qu’un de sa nationeût commis un tel acte. Il dit au prince de Joinvillequi pleurait : « Dieu te fasse la grâce, mon fils, d’êtrehomme de bien. »
Un barbier, mandé en toute hâte, visita les blessuresdu prince. L’assassin, croyant que François de Lor-raine portait encore sa cuirasse, avait visé très haut.Les balles de cuivre avaient frappé l’épaule, en latraversant de part en part. On conçut néanmoins del’espoir.
Pendant toute la nuit, les officiers de l’armée royale,informés du crime, assiégèrent le château de Gorney,pour obtenir des nouvelles. Quelques-uns furent admisauprès du duc; il leur exprima son regret qu’un telacte eût pu être commis par un Français, et leurrecommanda de servir loyalement Dieu et le roi.
L’évêque de Limoges et M. d’Oysel, qui négociaientavec la princesse de Condé, étant venus lui rendre
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