l’amiral de coligny 139
« lège, je préfère mourir droiciement comme j’ai vécu.« Dieu est le maître, qu’il soit fait selon sa volonté. »
Ce fut au cardinal de Guise qu’échut la douloureusemission d’apprendre à son frère que l’heure de la mortétait proche et qu’il fallait s’y préparer. Le duc luirépondit en souriant : « Ah vous me faytes un vraytour de frère de me pousser au salut où j’aspire. Je nevous en affectionne que plus grandement. » Le ducalors se confessa à l’évêque de Riez, le confident et lenarrateur des derniers sentiments et des dernièresparoles de ce héros.
La fièvre redoubla dans la nuit du 23. M. de Guisene conservant plus d’illusion, jugeant sa fin prochaine,appela près de son lit la duchesse et le prince de Join-ville, son fils aîné.
« Ma chère compagne, dit-il à la duchesse désolée,je vous ay toujours aimée et estimée. Je ne veux pasnier que les conseils et fragilitez de ma jeunesse nem’ayent conduit quelquefois à des choses dont vousavez pu être offensée : je vous supplie m’en absoudreet me le pardonner. Depuis les trois dernières annéesvous sçavez bien avec quel respect j’ai conversé avecvous, vous ostant toutes occasions de recevoir lemoindre mescontentement du monde. Je vous laissede mes biens la part que vous en voudrez prendre ; jevous laisse les enfants que Dieu nous a donnez. Jevous prie que vous leur soyez toujours bonne mère. »
« Mon fils, reprit-il en regardant le prince de Join-ville, qui mêlait ses sanglots à ceux de la duchesse, tuas ouy ce que j’ai dit à ta mère. Aye, mon mignon,mon amy, l’amour et crainte de Dieu principalementdevant tes yeux et dedans ton cœur; chemine selonses voix par le sentier droict et estroict, évitant le