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L AMIRAL DE C0L1GNY
large et oblique qui conduit à perdition. Ne t’adonneaucunement, aux compagnies vicieuses. Ne chercheaucun advancement par voies mauvaises, comme parune vaillantise de cour ou une faveur de femmes.Attends les honneurs de la libéralité de ton prince etde tes labeurs ; et ne désire les grandes charges, carelles sont trop difficiles à exercer. Toutefois, en cellesoù lu seras, emploie entièrement ton pouvoir et tavie pour t’en acquitter, selon ton devoir, au contente-ment de ton Dieu et ton roy. Si la bonté de la roynete fait participer en quelqu’un de mes estats, n’estimepoint que ce soyt pour tes mérites, mais seulement àcause de moy et de mes laborieux services. Et nenéglige de t’y porter avec modération. Quelque bienqu’il te puisse advenir, garde-toi d’y mettre ta con-fiance; car ce monde est trompeur et n’y peut estreassurance aucune, ce que lu voy clairement en moy-mesme. Or, mon cher filz, je te lègue ta mère; que tul’honores et la serves ainsy que Dieu et nature t’yconvient. Que tu aimes tes frères comme tes enfants,que tu conserves l’union entre eux, car c’est le nœudde ta force. Et je conjure mon Dieu qu’il te donne sabénédiction comme je te donne la mienne. »
Le petit prince de Joinville, tout en larmes, s’age-nouilla devant le lit du moribond, et, joignant lesmains, il répondit avec un accent de fermeté qui étaitvraiment au-dessus de son âge :
« Mon père, je vous obéirai, je le jure. »
Le duc le prit entre ses bras, le serra contre sa poi-trine et l’embrassa tendrement. Puis, appuyant sa mainsur l’épaule de l’enfant, il reprit, en s’adressant auxcardinaux de Ferrare et de Guise :
« Et vous, Messieurs les cardinaux, mes frères, qui