l’amiral de coligny
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m’avez toujours tant aimé, j’ai reçu de grands biens devous, lesquels je désire que les miens puissent recon-naître, en vous obéissant et vous faisant service; jevous prie de les avoir en votre recommandation et leurêtre père, et vous rendre protecteurs de ma femme etde ma maison.
« Messieurs, poursuivit le duc en s’adressant aux .assistants qui l’écoutaient avec admiration, quand Dieum’aura appelé à l’autre vie, souvenez-vous d’avoir toutema famille recommandée envers la reine. Quant à moi,vous voyez l’état où je suis réduit par la blessure d’unhomme qui ne savait pas bien ce qu’il faisait. Je vousconjure d’obtenir de la reine qu’elle lui pardonne, enl’honneur de Dieu et pour l’amour de moi. Et je suisgrandement obligé à ceux qui ont été la cause, enquelque manière que ce soit, de ce qui m’arrive, ear jesuis par leur moyen voisin de l’heure où j’espère m’ap-procher de Dieu et jouir de sa présence. C’est le tempsoù je dois penser aux offenses que j’ai faites et recueillirles fautes de ma vie. »
Il rappela alors les grandes charges qu’il avait occu-pées, et protesta de sa probité dans le maniement desfinances de l’État. Il s’accusa, avec regrets, d’avoir étécontraint d’user de sévérité en temps de guerre. Il af-firma que dans la campagne qu’il venait de soutenir sibrillamment, aucun intérêt particulier ne le guidait,aucune ambition, aucune idée de vengeance.
Parlant ensuite de la fameuse affaire de Vassy, quemaintes fois on lui reprochait, il assura que le massacredes huguenots eut lieu malgré sa volonté.
« Je me suis défendu, déclara-t-il, je n’ai pas at-'taqué, et lorsque mes gens prirent les armes, en mevoyant blessé, je fis tout ce que je pus pour contenir