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l’amiral de coligny
leur colère. Je désire la paix, et qui ne la désire pasn’est point homme de bien ni fidèle serviteur du roi.Honni soit qui ne veut la paix!... Mes amis, qui avezpris pour moi tant de peine, je n’ai pas fait beaucouppour vous. La colère m’a quelquefois incité à voustraiter sans ménagements, pardonnez-moi. »
Ces discours excitèrent l’admiration de tous ceuxqui les écoulaient, le cœur serré. Colto force d’âme,cette grandeur en un moment si terrible, ne pouvaientqu’émouvoir jusque dans les fibres les plus intimes ceshommes si dévoués à leur maître.
« M. de Guise défendit à chacun et à tous de levenger. Il cita les paroles qu’il avait adressées, pendantle siège de ltouen (1), à un gentilhomme manceau, quiavait tenté de l’assassiner, et qu’il avait fait conduiresain et sauf hors du camp. Lui qui avait pardonné cepremier crime voulait voir Poltrot, pour l’encourager <ise repentir, à embrasser la vraie foi, et pour lui par-donner aussi. On éluda son vœu; on promit tout et onne tint rien. On trompa cet élan de M. de Guise, maisil fut entier dans son cœur (2). »
Ce fut après cette belle agonie que le grand duc deGuise expira.
(1) A Rouen, déjà, il avait failli être victime d’un assassinat, etcomme il demandait à l'assassin s'il lui avait donné personnelle-ment occasion de se plaindre : « Non, Monsieur », répondit le cou-pable, « c’est le seul zèle de ma religion, dont vous êtes l’ennemimortel, qui m’a suggéré de vous faire périr. » — « Kli bien », repritle duc, « si votre religion vous apprend à tuer celui qui ne vous ajamais offensé, la mienne m'ordonne de vous pardonner; allez, jevous rends la liberté; jugez par là laquelle des deux religions estla meilleure. » Parolo sublime qui aurait dfl désarmer les bras deshuguenots et les faire tomber à genoux I (J.-A. Petit : Histoire deMarie Stuart.)
(2) Daroaud : Histoire de la Liberté religieuse, t. II, 1. XX. p. 233.